De la presse politique à la presse d’information (et retour ?) 3/4

De la presse politique à la presse d’information (et retour ?) 3/4

La récente parution d’un ouvrage portant sur la Gazette de Lausanne et le Journal de Genève permet de jeter un regard sur l’histoire de la presse en Suisse romande au cours d’un long 20e siècle. L’historien Alain Clavien se fait l’observateur de la disparition progressive d’une presse politique au détriment de la presse d’information.  Mais de nos jours c’est cette dernière qui connaît une remise en cause importante. Son cadre éthique, élaboré autour de notions telles que la neutralité et l’objectivité, semble dépassé. Et si la presse d’opinion faisait son grand retour  ? Lire la suite « De la presse politique à la presse d’information (et retour ?) 3/4 »

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Les nouveaux nouveaux chiens de garde (1/4)

Les nouveaux nouveaux chiens de garde (1/4)

L’été est terminé, Chacaille est de retour au turbin. Pour marquer la rentrée, je vous propose une série de billets sur les chamboulements du cadre éthique du journalisme. Cette première réflexion concerne une recherche menée par Mark Lee Hunter et Luk Van Wassenhove. Dans un papier commandé par l’INSEAD et directement consultable en ligne, les deux chercheurs, développent l’émergence d’un nouveau modèle économique propre au journalisme. Le regard original des deux chercheurs  ouvre un chantier important  qui permet de donner à la pratique journalistique un nouveau cadre théorique mais pose cependant un grand nombre de questions. Quel est le nouveau socle éthique de cette forme de journalisme ? A qui s’adressent les médias stakeholders ? A quoi ressembleront les chiens de garde de demain ? Au service de qui travailleront-ils ? Ces questions animeront le blog dans les semaines qui suivent… Lire la suite « Les nouveaux nouveaux chiens de garde (1/4) »

Jean-Philippe Ceppi : « Un bon enquêteur ne peut plus travailler seul »

Jean-Philippe Ceppi : « Un bon enquêteur ne peut plus travailler seul »

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Malgré la présence de nombreux journalistes suisses, certaines organisations n’ont pas bien mesuré l’importance de la 6ème Conférence internationale des journalistes d’investigation (GIJC) qui s’est tenue en avril à Genève, estime Jean-Philippe Ceppi. Propos recueillis par Guillaume Henchoz Lire la suite « Jean-Philippe Ceppi : « Un bon enquêteur ne peut plus travailler seul » »

Stephen Engelberg (Propublica) : « Mon business plan est simple. Je reçois de l’argent et je le dépense »

Stephen Engelberg (Propublica) : « Mon business plan est simple. Je reçois de l’argent et je le dépense »
Stephen Engleberg, Managing Editor de Propublica

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« Quel est votre business plan ? » Stephen Engelberg attendait la question depuis un moment. Avant d’y répondre, il esquisse un sourire, savoure le moment puis se lance : « Mon business model est très simple. Je reçois de l’argent et je le dépense. Et faites-moi confiance, je m’arrange toujours pour en dépenser plus qu’on m’en a donné ». Le public est vert. La jalousie sans doute.

Il faut dire qu’il a de la chance le « Managing Editor » de Propublica. Sa fondation est financée par un couple de très riches mécènes, les Sandler, qui injectent 10 millions de dollars par année dans ce média sans pouvoir dire un seul mot sur le contenu  rédactionnel du site. On se pince. « Au sein de la rédaction, on se demande parfois ce qu’ils ont fait de si affreux pour éprouver le besoin de se montrer aussi généreux ». Avant on investissait dans les indulgences, maintenant on contribue à l’entretien d’une presse de qualité. Lire la suite « Stephen Engelberg (Propublica) : « Mon business plan est simple. Je reçois de l’argent et je le dépense » »

L’édition, dernier bastion du journalisme d’investigation ?

L’édition, dernier bastion du journalisme d’investigation ?

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Alors que le 6ème congrès de la discipline se tient en ce moment même à Genève, le journalisme d’investigation subit de plein fouet la mutation qui touche l’ensemble des médias. Coup de projecteur sur ces journalistes qui publient le résultat de leurs enquêtes dans des livres.

Les piliers d’argile du journalisme sont la hiérarchisation de l’information et l’enquête. Ce mantra, psalmodié tous les matins au café par les membres de la profession, est mis à mal par la crise que traverse la presse. Les formats se réduisent et le temps de l’information devient toujours plus rapide. Dès lors, comment pratiquer sereinement l’activité reine du métier, l’investigation ? De nombreux journalistes se replient vers un support qui s’articule autour d’un temps plus long et qui laisse la part belle au texte : le livre. Lire la suite « L’édition, dernier bastion du journalisme d’investigation ? »

La Bande-dessinée, nouveau genre journalistique

La Bande-dessinée, nouveau genre journalistique
Tintin au boulot (extrait de Tintin au pays des Soviets)

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Le dessin accompagne le journalisme depuis ses débuts. Des gravures du Petit Journal aux caricatures de la presse satirique, l’image a toujours été utilisée par les médias pour expliquer, illustrer, moquer.  Jusqu’à nos jours, elle a eu pour principale fonction de compléter le récit journalistique. Le dessin vient appuyer le message. C’est toutefois une posture différente qui tend à se développer avec l’essor du journalisme de bande dessinée. Dans un article très complet publié en 2005 par la revue française Médias, Jean-Michel Boissier et Hervé Lavergne jettent les bases d’un nouveau genre de BD : Le BD reportage :

Les Américains l’appellent « comics journalism » ou « graphic journalism ». Autrefois, l’expression désignait les spécialistes, les critiques de bandes dessinées, les incollables des phylactères. Depuis une vingtaine d’années, elle s’applique à une nouvelle tribu de reporters qui ont troqué le clavier, l’appareil photo, le micro ou la caméra contre les crayons, les stylos et les encres – surtout noires. Le BD reportage (appelons-le comme ça) a ses héros internationaux : Art Spiegelman, le génie graphique de « Maus », descente hallucinée dans l’enfer des souris déportées et des chats bourreaux d’Auschwitz, et Joe Sacco, Maltais vivant aux Etats-Unis, qui publie avec un grand succès ses reportages puissants et engagés, de la Palestine à la Bosnie.

Boissier & Lavergne, Le BD reportage et ses maîtres, Médias, décembre 2005

Pour comprendre l’essor du journalisme de bande dessinée, il faut commencer par se plonger dans l’histoire de cette dernière. La BD a longtemps souffert d’un déficit de légitimité. Considérée comme un art relevant de tantôt l’Underground, tantôt de la littérature pour enfants, ce n’est que récemment qu’elle est parvenue à acquérir une certaine légitimité culturelle, comme le note Benoît Peeters, scénariste et critique de bande dessinée :

Si dans les années 1970, à l’université et dans la presse, on n’abordait la BD que de façon latérale, comme épiphénomène sociologique ou simple expression de la culture populaire, nous avons assisté, depuis, à une nette évolution des mentalités, à un changement d’attitude des libraires généralistes, des bibliothécaires et des médias. Sans doute le travail théorique mené par certains d’entre nous a-t-il porté quelques fruits, mais c’est surtout l’évolution de la bande dessinée elle-même, au cours des dernières années qui a joué un rôle décisif dans la reconnaissance de son statut culturel.

Benoît Peeters, Interview accordée au magazine Books, mars 2010 (Hors-série no2)

Dans un article du New Yorker, (également traduit la revue Books) David Hadju effectue un parallélisme intéressant entre bande dessinée et rock and roll. Longtemps considérés comme des formes de sous-arts, ces deux genres ont acquis leurs lettres de noblesses dans les années 1970. A l’instar des Beattles et de Bob Dylan, les grands maîtres de la BD se sont employés à explorer des thématiques plus « adultes » et se sont essayés à des récits plus complexes et profonds. Le premier livre a avoir revendiqué le statut de graphic novel, nous rappelle David Hadju, est un pacte avec Dieu de Will Eisner. Par la suite, ce sont les travaux d’Art Spiegelman et son très remarqué Maus, ainsi que les reportages de Joe Sacco qui emmènent la bande dessinée loin des rivages de la fiction. En France également, le Travail de Jean Teulé relève du même constat : la BD se prête bien au reportage. Teulé parcourt la France et propose à ses lecteurs des portraits de Français à travers des faits divers et des tranches de quotidiens de personnes ordinaires. Son oeuvre sera primée à Angoulême en 1989. Elle reste toutefois peu connue d’un grand public qui a plutôt retenu la figure du romancier que celle de l’auteur de BD.

Dans "L'Affaire des affaire", Denis Robert raconte ses plus belles années d'enquêtes
Denis Robert s’est mis à la BD pour raconter ses années d’enquête dans le milieu des affaires

La production a explosé au cours de ces dernières années. De nombreux auteurs de bande dessinée se sont essayés au genre: Guy Delisle nous narre ses aventures en Corée du nord et en Birmanie pour le compte de ses employeurs, Denis Robert a transposé ses années d’enquête sur la corruption politique et les milieux économiques, Daphné Collignon raconte les reportages d’Anne Nivat dans les confins de la Russie, etc. Plus qu’une mode, le BD reportage devient un genre en soi. Ironie du destin, la figure du journaliste est présente dans la bande dessinée depuis (presque) ses débuts. Tout le monde se souvient de Tintin, le  reporter dessiné sous les traits d’Hergé. Le journaliste -ou sa caricature- a continué à s’essaimer dans la bande dessinée. Fantasio, Le célèbre compagnon de Spirou fait également partie de la maison. Cela se poursuit jusque dans les mangas avec la récente parution de « Journaliste« .

Journalisme et bande dessinée forment en fait un vieux couple. Dès lors, il n’est pas étonnant de constater que la porosité entre ces deux domaines est toujours plus forte. Le dessinateur de presse Patrick Chappatte me semble être un bon exemple. Connu d’abord pour ses dessins de presse qui sont notamment publiés dans le Temps et le Herald Tribune, ce dessinateur s’est également mis aux reportages graphiques. Ces derniers sont d’ailleurs consultables depuis le site de l’auteur (cliquez ici). Le journalisme de bande dessinée ne vient donc pas exclusivement de la BD mais s’élabore à la frontière de ces deux disciplines. Le dessinateur et journaliste Joe Sacco incarne bien cette double filiation, lui qui a signé des articles dans les journaux anglo-saxons les plus prestigieux tout en continuant son travail de BD reporter. La revue XXI contribue également à exploser la frontière entre journalisme et BD. En reprenant une formule qui vient des Etats-Unis et que pratique un magazine comme le New-Yorker, XXI propose lors de chacune de ses parutions un reportage graphique d’excellente qualité.

Les récits de ces BD reporters partagent tous quelque chose que résume assez bien Art Spiegelman dans le Columbia Journalism review. Pour ce dernier la prétendue objectivité sous-tendue par l’appareil photo est tout aussi mensongère qu’un récit écrit à la troisième personne du singulier. A partir de ce constat, « faire du journalisme en bande dessinée c’est manifester ses partis pris et un sentiment d’urgence qui font accéder le lecteur à un autre niveau d’information », affirme-t-il. Le lien avec le narrative writing paraît ici évident. Le journalisme de Bande dessinée ne peut que se rattacher à cette longue tradition journalistique qui court d’Albert Londres aux grandes plumes des reporters américains et que l’on appelle en bon français le « Nouveau Journalisme ». Phénomène assez flagrant dans les BDs consultées, le reporter est présent en permanence tout au long du déroulement du récit. Il est le point depuis lequel s’organise le récit. Il est le filtre. Une évidence s’impose alors aux lecteurs : il n’est pas neutre. Nous pouvons au contraire le voir à l’oeuvre organiser le récit. Le journalisme de bande dessinée a ceci de pédagogique qu’il encourage le lecteur à prendre une certaine distance critique :

En mettant en avant sa propre humanité, le BD reporter encourage ses lecteurs à garder la distance nécessaire avec ce qu’ils lisent. A cela s’ajoutent les propriétés narratives particulières du BD reportage : il ne s’agit ni d’histoires illustrées, ni d’images commentées, mais d’une interaction incessante entre l’image et le texte où chaque élément conserve un certain degré de liberté et d’autonomie. Pour cette raison, la bande dessinée est remarquablement appropriée pour décrire la fragmentation de l’expérience pendant une crise sociale ou politique, ou des points de vue incommensurablement opposés au cours d’un conflit (Israël/Palestine, Afghanistan, Irak, etc.).

Boissier & Lavergne, Le BD reportage et ses maîtres, Médias, décembre 2005

On peut sans doute attribuer le succès que rencontre le journalisme de bande dessinée aux partis prix assumés de ces codes narratifs: le trend actuel est à la suspicion. Les journalistes n’ont pas bonne presse. Ils sont soupçonnés de plusieurs maux: manipulation, manque d’objectivité, absence d’indépendance. L’arrivée d’une nouvelle forme de journalisme qui dit « je » et qui assume sa part de subjectivité à travers les dessins remporte un certain succès auprès du lectorat. A la lecture de certains récits, on ne peut s’empêcher de penser à l’autofiction, genre littéraire qui se situe entre la fiction et l’autobiographie. Il ne s’agit pas d’affirmer que les journalistes-dessinateurs sont des êtres à l’égo débordant qui épanchent sur les cases leur petit moi atrophié. Car contrairement aux auteurs de littératures, la focale depuis laquelle s’articule le récit des dessinateurs se donne d’emblée à voir lorsqu’on lit une bande dessinée. C’est en fait moins une mise en scène de soi qu’une mise en scène d’un narrateur présent dans le récit. Pour faire un peu dans la provoc’, on pourrait affirmer contre la tendance actuelle que ce qui manque encore dans le journalisme de bande dessinée, ce sont des récits qui assument une certaine neutralité axiologique…

Guillaume Henchoz


Webdocs en stock

Webdocs en stock

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Les webdocumentaires commencent à s’essaimer sur la toile. Cette nouvelle manière d’appréhender l’actualité  suscite de nombreux espoirs, particulièrement du côté du photojournalisme. Mais les webdocumentaires, suscitent également certaines controverses : à la fois ludiques et interactifs certains d’entre eux remettent en question la frontière entre  fiction réalité et questionnent notre rapport à la consommation d’informations depuis le web

Les webdocumentaires font leur petit bonhomme de chemin. Nouvelle forme de récit journalistique les « webdocs » ou « webdocus » comme on les appellent souvent, sont  bien intégrés par les médias traditionnels actifs sur la Toile : les sites des télévisions et des grands journaux en hébergent de plus en plus, tandis que des catégories leur sont spécialement dévolues lors des prix de photoreportage. Mais qu’est-ce qu’un webdocumentaire exactement ? Difficile à définir en quelques lignes.  Le principe de base de ces nouveaux reportages consiste à croiser les différentes ressources narratives à disposition des journalistes afin de produire un objet « cross-media » qui relève tant de la photo, de la vidéo, de la radio que de l’écrit. Leur forme les éloigne de la narration linéaire d’un documentaire classique. Il n’en reste pas moins proche de l’écriture de documentaires pour la télévision, comme le rappelle Luc Debraine dans un récent article publié par Le Temps et intitulé la nouvelle grammaire documentaire :

Ah, le bon vieux documentaire à la télévision… Le ton docte du commentaire, les plans fixes sur les personnes interviewées, l’utilisation ­rituelle des images d’archives, le rythme lent… Cette grammaire visuelle paraît si figée que le téléspectateur a parfois l’impression que le documentaire a été inventé en même temps que la télévision. C’est bien sûr faux: le genre a su se remettre en question. En restant toutefois dépendant d’une écriture télévisuelle. (…) Voilà qu’entre en scène le webdocumentaire, terme vague qui groupe plusieurs types de reportages multimédias, ou «cross-média».

Les webdocumentaires, une nouvelle manière d'attirer l'attention des internautes sur l'actualité ?

Un spectateur-acteur ? L’élément central de cette nouvelle grammaire visuelle consiste en une temporalité de plus en plus éclatée : de nombreux webdocus n’ont ni début, ni fin et certains font l’objet de mises à jour régulières. De l’autre côté de l’écran, les choses changent également : l’internaute est plus qu’un simple spectateur. Pour le meilleur comme pour le pire, c’est à lui qu’incombe la charge d’élaborer et d’organiser sa vision/lecture du reportage. Ce sont ses choix qui donnent le tempo à la narration. Il peut ainsi s’intéresser à un chapitre ou un thème précis, il peut se concentrer sur un élément particulier du webdocu ou passer plus rapidement sur une partie qu’il jugera moins intéressante.  Il a également la possibilité de commenter ce qu’il voit, entend ou lit. Le webdocumentaire  se présente comme un documentaire 2.0 . L’intéractivité et la modulation du reportage selon les désirs de l’internaute méritent toutefois d’être nuancés.  Comme n’importe quel récit, l’écriture d’un webdocu s’effectue sur la base d’un scénario. les options ne sont jamais infinies. Si certains reportages essaient de développer un petit côté « documentaire-dont-vous-êtes-le-héros », histoire d’insister sur la dimension immersive de la narration, le péquin, derrière son écran n’a jamais 36 choix. La narration reste souvent assez linéaire n’en déplaise aux afficionados du genre.

Un genre en soi ? Les webdocumentaires ont une histoire dont il est difficile de retracer le fil rouge. A ma connaissance, les premières tentatives de production de reportages intégrant différents supports consistent en des audioramas. Le plus célèbre est sans conteste celui du New York Times. Il s’agit de portraits de New-yorkais à travers leur propre témoignage. On  les écoute en même temps que défilent des photos prises par un photojournaliste qui  les a suivis durant une journée. A la fois simple et très fort. Ce type de modèle s’est bien-sûr exporté. Certains y ont ajouté un peu de vidéo (choix pas toujours très heureux, à mon avis…). Un site comme Brèves de trottoirs se revendique directement de cette filiation . Même si les internautes ont la possibilité de laisser des commentaires en marge du portrait, ils n’ont pas loisir d’intervenir dans le récit: ce dernier reste linéaire. Il n’en va pas de même avec tous les webdocs. Un reportage comme la cité des mortes, une enquête sur la ville de Ciudad Juarez (Mexique) et les meurtres à répétition qui y sont commis, va plus loin en utilisant des procédés narratifs qui éclatent le récit au point de le rendre pénible même pour un internaute confirmé. D’autres documentaires comme Thanatorama ou Voyage au bout du charbon présentent un récit qui n’est pas sans rappeler nos vieux livres dont vous êtes le héros. Le reportage de Samuel Bollendorf s’ouvre d’ailleurs ainsi :

Vous êtes journaliste indépendant. Vous avez décidé de mener une grande enquête sur les conditions de travail des ouvriers qui chaque jour recommencent le « miracle chinois ». Vous commencez votre enquête par les mines de charbon réputées les plus dangereuses… Votre voyage au bout du charbon est basé sur des faits réels, seuls les noms ont été changés.

C’est du lourd. La consultation de ces webreportages requiert également une bonne bécane et une bonne connexion : utilisez un vieux powerbook avec deux barrettes de wifi pour consulter la cité des mortes et je puis vous assurer que vous allez rapidement éteindre votre ordinateur et allumer la télé. Les webdocumentaires sont des objets  lourds et ceci à plus d’un titre. Ils nécessitent la collaboration de différents spécialistes multimédias. L’information est recueillie via le son et l’image. Par la force des choses, ils constituent  une nouvelle planche de salut pour des photojournalistes qui souffrent énormément de la crise des médias. C’est ce que relève notamment cet article de Sophie Roselli pour Swissinfo :

Durement touché par la crise des médias, le photojournalisme cherche son salut sur la Toile. De nouvelles formes de récits en images apparaissent. Les grandes figures du métier, comme Alain Genestar et Reza, parlent déjà d’une renaissance.

Combien ça coûte ? La question des modèles économiques reste cependant en suspend. « Nous sommes en train d’inventer le business plan pour cette utilisation » confie le photographe Reza à Swissinfo. Traduction: si le produit existe, on ne sait pas encore très bien comment gagner de l’argent avec. Ceci est d’autant plus paradoxal qu’un bon webdoc peut coûter très cher et nécessite beaucoup du temps et des moyens importants (enquête, rédaction, montage, design, intégration). Pour l’instant, les sites qui en hébergent appartiennent à des médias qui se financent traditionnellement grâce à leurs redevances télé ou au papier. Une ébauche de réponse consiste dans le fait que ce type de supports multimédias est aussi  utilisé par des organismes, des agences, des entreprises et des associations qui l’utilisent pour leur communication et qui peuvent payer pour cela. Une entreprise comme Upian a réalisé plusieurs de ces reportages multimédias tout en assurant aussi des maquettes promotionnelles pour l’industrie culturelle.

Au final. Les webdocus sont amenés à se développer et à se décliner en plusieurs sous-genres. S’il paraît difficile de les définir clairement à travers les outils et les supports qu’ils utilisent pour faire passer leurs messages, ils partagent entre eux, peut-être sans le vouloir, le fait d’imprimer un autre tempo à l’information sur la Toile. Ils nécessitent un temps d’arrêt et une certaine concentration (voire même effort) de la part de l’internaute. Ils développent une nouvelle grammaire documentaire et ils participent peut-être à la réintroduction de la lecture lente… sur écran.

Un reportage de France 24 dans les coulisses de Prison Valley, un webdocumentaire produit par Upian et Arte

Guillaume Henchoz