La prochaine ouverture d’une «newsroom» réunissant les différentes rédactions du Blick a fait grand bruit dans le microcosme des médias helvétiques. Coup de projecteur sur un nouveau modèle de gestion de l’information.

La nouvelle est tombée ce début d’année. Le groupe Ringier supprime 29 postes à plein temps en Suisse. « Cette mesure s’explique par la création d’une newsroom intégrée qui nécessite moins de personnel » confie la direction du groupe à l’ATS. Dès début mars les différentes rédactions du Blick, du Blick am Abend, du SonntagsBlick et du site blick.ch seront réunies et pilotées depuis la même infrastructure. Les syndicats Impressum et Comedia ont dénoncé cette situation estimant que les licenciements étaient effectués dans la précipitation et que la création de la nouvelle plateforme risquait de contribuer à la «réduction de la diversité des médias». Mais au fait, qu’entend-on exactement par «newsroom»  ?

Pour Stefan Hackh, porte-parole du groupe Ringier, «le but de la newsroom est de fournir aux consommateurs les contenus et les divertissements qu’ils désirent sur les canaux appropriés».  Dans un langage un peu plus nuancé. Jean-Christophe Liechti, journaliste à la TSR chargé par le Centre romand de formation des journalistes (CRFJ) d’organiser un module sur ce thème, précise : «la newsroom peut être considérée comme un outil qui permet d’optimiser l’information de manière à ce qu’elle accède au mieux aux différents types de lecteurs». Chez Ringier, le but semble avant tout de réaliser des économies d’échelle et de rationnaliser le travail des journalistes afin de répartir l’information dans les différents titres du groupe. «L’actualité sera d’abord traitée par Blick.ch sous la forme de petits articles. Ensuite, selon les délais d’impression elle sera relayée et augmentée par le Blick ou le Blick am Abend. Une suite pourra également être élaborée dans le cadre d’un article de fond dans le SonntagsBlick», note encore Stefan Hackh.

Cette nouvelle infrastructure nécessite évidemment une redéfinition du cahier des charges des journalistes. Ces derniers ne sont plus amenés à collaborer pour un titre unique mais pour les différents organes de presse du groupe. «Idéalement, nos reporters devront connaître et maîtriser les différentes identités de nos publications et travailler pour plus d’un titre», affirme le porte-parole du groupe qui voit dans ce nouveau modèle de gestion des entreprises de presse, outre les mesures d’économie auxquelles on peut procéder l’occasion de créeer des synergies : «plus de personnes focalisées sur un thème cela signifie plus d’énergie, plus d’idées et plus de moyens».  Pour Jean-Christophe Liechti, le passage à la newsroom est un «mal nécessaire» : «il est de plus en plus difficile pour un rédacteur en chef d’avoir une vue d’ensemble de sa publication tant les supports se sont multipliés». La newsroom devient alors une sorte de méga console d’administration permettant de gérer depuis le haut les flux de l’information et les ressources à disposition.

La formule ne semble toutefois pas faire recette auprès des médias romands. Adjoint à la direction d’Edipresse, Peter Rothenbuhler confesse suivre les projets de Ringier avec attention mais sans penser pouvoir les appliquer au sein de son groupe. «Nous préférons maintenir une certaine concurrence amicale entre nos titres», nous confie-t-il avant d’ajouter que des synergies entre les publications existent déjà : «le traitement su sport fait l’objet d’une collaboration entre la rédaction du Matin et celle du Matin Dimanche. De même, un journaliste spécialisé dans un champ d’expertise peut parfois publier un article dans l’un ou l’autre titre selon les besoins» . Edipresse semble cependant veiller à bien différencier ces différentes publications.

Même son de cloche du côté de la future Radio Télévision Suisse romande (RTS). Bernard Rappaz, « rédacteur en chef Actu » de la TSR, confirme : «si cela peut marcher pour des groupes comme la BBC, la RTBF ou encore Ringier, c’est parce que leurs différents titres se situent déjà au même endroit, ce qui est loin d’être notre cas. Nous continuons à travailler sur deux sites, Lausanne et Genève».  Des rapprochements ont toutefois déjà été effectués: «Depuis deux ans, nous avons une rédaction web qui travaille tant pour la radio que la télévision. Les fils d’information comme  le Teletext alimentent les deux médias. Derrière les habillages de la RSR et de la TSR, il y a déjà un même socle. De fait, télévision et radio travaillent déjà en réseau». A l’échelle locale on pourra tout-de-même voir de nouveaux types de collaboration : «des regroupements seront effectués au sein des rédactions régionales. On pourrait alors parler de «mini-newsrooms».

Newsroom ? But what the hell is that ?

Newsroom ? Connais pas. Contactés par EDITO, plusieurs spécialistes des médias avouent sécher sur ce concept. Pourtant, tout le monde a sa newsroom : 10 Downing Street, l’Elysée, Roche, Novartis, Nestlé etc. «Newsroom» désigne ici l’espace dévolu à la communication des groupes ou des instance politiques. Terme anglais, forcément à la mode, «newsroom» fait des émules… et se vide de son sens. Etymologiquement, le mot signifie simplement la «salle de rédaction». Il est employé comme tel depuis les débuts du journalisme par les reporters anglo-saxons. Il est toutefois de plus en plus utilisé sur la toile par des blogueurs et des journalistes s’interrogeant sur les nouveaux modes de gestion des rédactions. La dernière réflexion en date est celle de Raphael Benoît, rédacteur en chef du journal en ligne le Post.fr, qui vient de poster un billet intitulé «Révolutionner la presse: vers une nouvelle Google newsroom» dans lequel il décline un nouveau modèle de rédaction recomposée autour du web. En fait, le concept a énormément évolué au cours de ces dernières années comme l’explique  Jean-Christophe Liechti : «on parle d’abord de Newsroom 1.0 pour désigner les rédactions dans lesquelles le web et le papier sont clairement séparés. Vient ensuite la Newsroom 2.0 que nous expérimentons actuellement. Différentes plateformes comme le web, le papier et les services d’application pour les téléphones portables se concertent et collaborent pour essayer de respecter l’image du journal. Dans le futur, on parlera de 3.0. une newsroom au sein de laquelle on travaillera indépendemment des types de support». Si le journalisme survit aux mutations précédentes.

Guillaume Henchoz

(article initialement paru dans le magazine EDITO, mars 2010)

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