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Les webdocumentaires commencent à s’essaimer sur la toile. Cette nouvelle manière d’appréhender l’actualité  suscite de nombreux espoirs, particulièrement du côté du photojournalisme. Mais les webdocumentaires, suscitent également certaines controverses : à la fois ludiques et interactifs certains d’entre eux remettent en question la frontière entre  fiction réalité et questionnent notre rapport à la consommation d’informations depuis le web

Les webdocumentaires font leur petit bonhomme de chemin. Nouvelle forme de récit journalistique les « webdocs » ou « webdocus » comme on les appellent souvent, sont  bien intégrés par les médias traditionnels actifs sur la Toile : les sites des télévisions et des grands journaux en hébergent de plus en plus, tandis que des catégories leur sont spécialement dévolues lors des prix de photoreportage. Mais qu’est-ce qu’un webdocumentaire exactement ? Difficile à définir en quelques lignes.  Le principe de base de ces nouveaux reportages consiste à croiser les différentes ressources narratives à disposition des journalistes afin de produire un objet « cross-media » qui relève tant de la photo, de la vidéo, de la radio que de l’écrit. Leur forme les éloigne de la narration linéaire d’un documentaire classique. Il n’en reste pas moins proche de l’écriture de documentaires pour la télévision, comme le rappelle Luc Debraine dans un récent article publié par Le Temps et intitulé la nouvelle grammaire documentaire :

Ah, le bon vieux documentaire à la télévision… Le ton docte du commentaire, les plans fixes sur les personnes interviewées, l’utilisation ­rituelle des images d’archives, le rythme lent… Cette grammaire visuelle paraît si figée que le téléspectateur a parfois l’impression que le documentaire a été inventé en même temps que la télévision. C’est bien sûr faux: le genre a su se remettre en question. En restant toutefois dépendant d’une écriture télévisuelle. (…) Voilà qu’entre en scène le webdocumentaire, terme vague qui groupe plusieurs types de reportages multimédias, ou «cross-média».

Les webdocumentaires, une nouvelle manière d'attirer l'attention des internautes sur l'actualité ?

Un spectateur-acteur ? L’élément central de cette nouvelle grammaire visuelle consiste en une temporalité de plus en plus éclatée : de nombreux webdocus n’ont ni début, ni fin et certains font l’objet de mises à jour régulières. De l’autre côté de l’écran, les choses changent également : l’internaute est plus qu’un simple spectateur. Pour le meilleur comme pour le pire, c’est à lui qu’incombe la charge d’élaborer et d’organiser sa vision/lecture du reportage. Ce sont ses choix qui donnent le tempo à la narration. Il peut ainsi s’intéresser à un chapitre ou un thème précis, il peut se concentrer sur un élément particulier du webdocu ou passer plus rapidement sur une partie qu’il jugera moins intéressante.  Il a également la possibilité de commenter ce qu’il voit, entend ou lit. Le webdocumentaire  se présente comme un documentaire 2.0 . L’intéractivité et la modulation du reportage selon les désirs de l’internaute méritent toutefois d’être nuancés.  Comme n’importe quel récit, l’écriture d’un webdocu s’effectue sur la base d’un scénario. les options ne sont jamais infinies. Si certains reportages essaient de développer un petit côté « documentaire-dont-vous-êtes-le-héros », histoire d’insister sur la dimension immersive de la narration, le péquin, derrière son écran n’a jamais 36 choix. La narration reste souvent assez linéaire n’en déplaise aux afficionados du genre.

Un genre en soi ? Les webdocumentaires ont une histoire dont il est difficile de retracer le fil rouge. A ma connaissance, les premières tentatives de production de reportages intégrant différents supports consistent en des audioramas. Le plus célèbre est sans conteste celui du New York Times. Il s’agit de portraits de New-yorkais à travers leur propre témoignage. On  les écoute en même temps que défilent des photos prises par un photojournaliste qui  les a suivis durant une journée. A la fois simple et très fort. Ce type de modèle s’est bien-sûr exporté. Certains y ont ajouté un peu de vidéo (choix pas toujours très heureux, à mon avis…). Un site comme Brèves de trottoirs se revendique directement de cette filiation . Même si les internautes ont la possibilité de laisser des commentaires en marge du portrait, ils n’ont pas loisir d’intervenir dans le récit: ce dernier reste linéaire. Il n’en va pas de même avec tous les webdocs. Un reportage comme la cité des mortes, une enquête sur la ville de Ciudad Juarez (Mexique) et les meurtres à répétition qui y sont commis, va plus loin en utilisant des procédés narratifs qui éclatent le récit au point de le rendre pénible même pour un internaute confirmé. D’autres documentaires comme Thanatorama ou Voyage au bout du charbon présentent un récit qui n’est pas sans rappeler nos vieux livres dont vous êtes le héros. Le reportage de Samuel Bollendorf s’ouvre d’ailleurs ainsi :

Vous êtes journaliste indépendant. Vous avez décidé de mener une grande enquête sur les conditions de travail des ouvriers qui chaque jour recommencent le « miracle chinois ». Vous commencez votre enquête par les mines de charbon réputées les plus dangereuses… Votre voyage au bout du charbon est basé sur des faits réels, seuls les noms ont été changés.

C’est du lourd. La consultation de ces webreportages requiert également une bonne bécane et une bonne connexion : utilisez un vieux powerbook avec deux barrettes de wifi pour consulter la cité des mortes et je puis vous assurer que vous allez rapidement éteindre votre ordinateur et allumer la télé. Les webdocumentaires sont des objets  lourds et ceci à plus d’un titre. Ils nécessitent la collaboration de différents spécialistes multimédias. L’information est recueillie via le son et l’image. Par la force des choses, ils constituent  une nouvelle planche de salut pour des photojournalistes qui souffrent énormément de la crise des médias. C’est ce que relève notamment cet article de Sophie Roselli pour Swissinfo :

Durement touché par la crise des médias, le photojournalisme cherche son salut sur la Toile. De nouvelles formes de récits en images apparaissent. Les grandes figures du métier, comme Alain Genestar et Reza, parlent déjà d’une renaissance.

Combien ça coûte ? La question des modèles économiques reste cependant en suspend. « Nous sommes en train d’inventer le business plan pour cette utilisation » confie le photographe Reza à Swissinfo. Traduction: si le produit existe, on ne sait pas encore très bien comment gagner de l’argent avec. Ceci est d’autant plus paradoxal qu’un bon webdoc peut coûter très cher et nécessite beaucoup du temps et des moyens importants (enquête, rédaction, montage, design, intégration). Pour l’instant, les sites qui en hébergent appartiennent à des médias qui se financent traditionnellement grâce à leurs redevances télé ou au papier. Une ébauche de réponse consiste dans le fait que ce type de supports multimédias est aussi  utilisé par des organismes, des agences, des entreprises et des associations qui l’utilisent pour leur communication et qui peuvent payer pour cela. Une entreprise comme Upian a réalisé plusieurs de ces reportages multimédias tout en assurant aussi des maquettes promotionnelles pour l’industrie culturelle.

Au final. Les webdocus sont amenés à se développer et à se décliner en plusieurs sous-genres. S’il paraît difficile de les définir clairement à travers les outils et les supports qu’ils utilisent pour faire passer leurs messages, ils partagent entre eux, peut-être sans le vouloir, le fait d’imprimer un autre tempo à l’information sur la Toile. Ils nécessitent un temps d’arrêt et une certaine concentration (voire même effort) de la part de l’internaute. Ils développent une nouvelle grammaire documentaire et ils participent peut-être à la réintroduction de la lecture lente… sur écran.

Un reportage de France 24 dans les coulisses de Prison Valley, un webdocumentaire produit par Upian et Arte

Guillaume Henchoz

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Une réflexion sur “Webdocs en stock

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