Pourquoi les journalistes n’ont-ils pas bonne presse ?

Les médias sont constamment l’objet de critiques et c’est tant mieux : la régularité et la qualité de ces remises en question est garante de la santé démocratique de notre société. Seulement voilà, entre la critique et les médias, il y a les journalistes. Dont la vie n’est pas rose tous les jours.

Citoyens, universitaires, politiques : la critique et les reproches fusent de toutes parts. Le sociologue voit dans le journaliste un professionnel du réel au nez collé dans le présent, incapable de mise à distance. L’idéologue trouve les médias trop à gauche quand il est à droite et trop à droite quand il est à gauche. De nombreux journalistes posent eux-mêmes un regard inquiet et désabusé sur leur pratique professionnelle. Quant au lecteur lambda – si tant est qu’il existe – il éprouve souvent de la méfiance à la lecture de son canard.

Plus difficile à digérer : cette critique est régulièrement justifiée – lorsqu’elle ne cède pas à la parano. Qui n’a pas lu d’article mal rédigé et sans recul par rapport aux événements relatés ? Qui ne s’est jamais étouffé avec son café devant les gros titres de son journal préféré ? Qui oserait prétendre que les gratuits sont un nouveau tremplin pour le journalisme d’investigation ? La critique est le pain quotidien du journaliste. Elle est constitutive de son métier, parfois même source d’inspiration et d’investigation. La morosité qui règne sur le journalisme s’explique sans doute par le fait que la critique a gagné en densité et changé de nature avec le développement de l’ère numérique. Blogs, sites communautaires alimentés par du journalisme participatif et autres médias alternatifs mènent une concurrence rude aux professionnels de l’information. Les médias traditionnels y sont quotidiennement autopsiés et écorchés.

Mais la critique, si virulente soit elle, n’est pas seule responsable de la mauvaise presse des journalistes. L’état de crise dans lequel se trouve la profession n’arrange pas son image. Les systèmes finançant les médias sont à revoir. Aucun modèle économique ne semble s’imposer de lui-même. Avec la reconfiguration des médias autour des supports électroniques, on est un peu dans l’œil du cyclone. De plus la « révolution numérique » a complètement chamboulé la pratique du journalisme : traitement de l’information, écriture, travail de recoupement des sources : les usages professionnels sont en mutation pour le meilleur comme pour le pire. Les journalistes se rongent les sangs et pour cause : ils ignorent encore à quoi ressemblera leur métier dans dix ans.

Guillaume Henchoz

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