Les riches, ça craint.

Les riches, ça craint.

La manière dont nous percevons la richesse a bien évolué ces dernières années. Pour en donner la mesure, Thierry Pech, rédacteur en chef du magazine Alternatives Economiques, ouvre son essai en décrivant le contenu d’une boîte d’un monopoly, ce jeu qui vous place dans la peau d’un riche qui cherche à faire fructifier son capital. Et là, surprise: les rues de Paris ont été remplacées par les grandes métropoles d’un monde globalisé, les petits billets de 20, 100 et 500 ont disparu au profit de cartes de crédit plafonnées à plusieurs millions, les gares ont fait place à des compagnies aériennes, … . Bref, le monopoly raconte assez bien les transformations de l’imaginaire et de la réalité des ultras riches. Les ultras riches? C’est le 0,01 % de la population française qui gagne annuellement plus de 730’000 Euros. Lire la suite « Les riches, ça craint. »

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L’impossible éthique diplomatique

L’impossible éthique diplomatique

«Parmi les diverses carrières de la vie sociale, toutes exigent de ceux qui les parcourent certaines qualités morales spécialement liées à leur fonction. (…). La diplomatie seule fait exception à cette règle générale». L’auteur de ces lignes sait de quoi il parle. Le Prince polonais Adam Jerzy Czartoryski envoyé en Russie comme otage aura été Ministre des Affaires étrangères du Tsar, éminence grise du Congrès de Vienne qui répartit les nouvelles frontières de l’Europe en 1815 avant de prendre part à la révolution polonaise avortée de 1831. Czartoryski s’est frotté au subtil art de la diplomatie dans une Europe meurtrie par les guerres napoléoniennes. Il tire de son expérience un curieux essai sous la forme d’un plaidoyer pour une diplomatie à visage humain.

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Une «pensée à gauche» généreuse, mais hermétique

Plutôt qu’un livre, c’est un outil que nous proposent les éditions Amsterdam avec l’imposant Penser à gauche, qui vient de paraître en début d’année. Cet austère pavé recense de nombreux articles initialement parus dans la feue Revue internationale des livres et des idées. Ils constituent un panorama des différentes formes de pensées critiques. Luc Boltanski, Giorgio Agamben, Isabelle Stengers, Anonio Negri, Etienne Balibar, …: les différents contributeurs n’appartiennent pas aux mêmes écoles de pensée et ont régulièrement croisé le fer. Ils sont cependant tous réunis autour d’une idée commune: le capitalisme est un modèle qu’il s’agit de critiquer et de dépasser. Lire la suite « Une «pensée à gauche» généreuse, mais hermétique »

De la presse politique à la presse d’information (et retour ?) 3/4

De la presse politique à la presse d’information (et retour ?) 3/4

La récente parution d’un ouvrage portant sur la Gazette de Lausanne et le Journal de Genève permet de jeter un regard sur l’histoire de la presse en Suisse romande au cours d’un long 20e siècle. L’historien Alain Clavien se fait l’observateur de la disparition progressive d’une presse politique au détriment de la presse d’information.  Mais de nos jours c’est cette dernière qui connaît une remise en cause importante. Son cadre éthique, élaboré autour de notions telles que la neutralité et l’objectivité, semble dépassé. Et si la presse d’opinion faisait son grand retour  ? Lire la suite « De la presse politique à la presse d’information (et retour ?) 3/4 »

Pourquoi les journalistes n’ont-ils pas bonne presse ?

Les médias sont constamment l’objet de critiques et c’est tant mieux : la régularité et la qualité de ces remises en question est garante de la santé démocratique de notre société. Seulement voilà, entre la critique et les médias, il y a les journalistes. Dont la vie n’est pas rose tous les jours.

Citoyens, universitaires, politiques : la critique et les reproches fusent de toutes parts. Le sociologue voit dans le journaliste un professionnel du réel au nez collé dans le présent, incapable de mise à distance. L’idéologue trouve les médias trop à gauche quand il est à droite et trop à droite quand il est à gauche. De nombreux journalistes posent eux-mêmes un regard inquiet et désabusé sur leur pratique professionnelle. Quant au lecteur lambda – si tant est qu’il existe – il éprouve souvent de la méfiance à la lecture de son canard.

Plus difficile à digérer : cette critique est régulièrement justifiée – lorsqu’elle ne cède pas à la parano. Qui n’a pas lu d’article mal rédigé et sans recul par rapport aux événements relatés ? Qui ne s’est jamais étouffé avec son café devant les gros titres de son journal préféré ? Qui oserait prétendre que les gratuits sont un nouveau tremplin pour le journalisme d’investigation ? La critique est le pain quotidien du journaliste. Elle est constitutive de son métier, parfois même source d’inspiration et d’investigation. La morosité qui règne sur le journalisme s’explique sans doute par le fait que la critique a gagné en densité et changé de nature avec le développement de l’ère numérique. Blogs, sites communautaires alimentés par du journalisme participatif et autres médias alternatifs mènent une concurrence rude aux professionnels de l’information. Les médias traditionnels y sont quotidiennement autopsiés et écorchés.

Mais la critique, si virulente soit elle, n’est pas seule responsable de la mauvaise presse des journalistes. L’état de crise dans lequel se trouve la profession n’arrange pas son image. Les systèmes finançant les médias sont à revoir. Aucun modèle économique ne semble s’imposer de lui-même. Avec la reconfiguration des médias autour des supports électroniques, on est un peu dans l’œil du cyclone. De plus la « révolution numérique » a complètement chamboulé la pratique du journalisme : traitement de l’information, écriture, travail de recoupement des sources : les usages professionnels sont en mutation pour le meilleur comme pour le pire. Les journalistes se rongent les sangs et pour cause : ils ignorent encore à quoi ressemblera leur métier dans dix ans.

Guillaume Henchoz

Ces magazines qui nagent à contre-courant (2/2)

Les journaux licencient ? Ils engagent. Les titres mettent la clef sous la porte ? Ils se lancent. Les articles sont toujours plus, courts, ils osent remplir des pages avec un seul sujet. Les magazines Books et XXI remontent le courant, la tête hors de l’eau. Pour l’instant. Comment font-ils ?

Books, un magazine passeur d’idées

Genèse

C’est sur l’instigation de son directeur de publication, Olivier Postel-Vinay que le magazine Books voit le jour. Le journaliste n’en est pas à son premier coup d’essai. Sous sa férule s’est développé un journal qui marche fort depuis les années 1990 : le Courrier international. Le format et le support de Books ne sont pas sans rappeler ce magazine, d’ailleurs: grand, imprimé en couleur, articles traduits en provenance des quatre coins du globe.

Concept

Tout comme XXIBooks a fait le pari de la longueur et de l’exigence intellectuelle. Le magazine ne propose cependant pas des reportages ou des enquêtes de terrain mais des recensions de bouquins: «nous nous efforçons d’éclairer l’actualité à travers des livres parus dans le monde entier», nous explique Olivier Postel-Vinay. Si c’est un regard d’intellectuel porté sur le monde des idées que propose le magazine Books, pas besoin de posséder un titre universitaire pour se lancer dans sa lecture: «nous sommes avant tout un magazine » rappelle son créateur, «nous nous efforçons de nous adresser à un large public de curieux. Beaucoup lus par les étudiants, nous surfons également sur la vague du papy-boom». Les articles sont le plus souvent des traductions des prestigieuses revues littéraires anglo-saxonnes telles la New-York Review of Books ou le Times Litterary Supplement, mais les autres titre italien, espagnols ou allemands ne sont pas en reste. Ces traductions sont souvent réunies pour former des dossiers qui sont complétés avec de plus petits articles, souvent des entretiens effectués par le magazine auprès de chercheurs ou de penseurs francophones. Olivier Postel-Vinay insiste: «Le concept de Books n’est pas directement importé des Etats-Unis. Il s’agit d’un nouveau modèle, hybride, qui se situe entre le Courrier international et les revues américaines ». Son nom anglophone est entièrement assumé par son créateur: «il se mémorise facilement tout en étant international».

Support

Books est un magazine doté d’un site internet assez étonnant: on y trouve bien sûr certains articles de la revue et quelques «bonus» (entretiens filmés et documents radiophoniques liés à des articles parus sur papiers) mais aussi des rubriques propres au site. Le magazine dispose ainsi de forums de discussion et d’un « Wikigrill » qui passe à la loupe les articles controversés de Wikipedia en lien avec les thématiques abordées dans les différents numéros. On y trouve également des chroniques et des éditos de différents invités. Pour Olivier Postel-Vinay, Books doit jouer sur le deux tableaux: «pour l’instant, notre site permet de développer avec nos lecteurs les controverses que nous abordons sur papier et de susciter des abonnements. A terme, on ne sait qui de la toile ou du papier va l’emporter. Même si j’aimerais pouvoir affirmer que nous avons un avenir sur le papier, je ne dois pas exclure que le web l’emporte définitivement».

Financement

Pour financer la revue, pas besoin de réinventer la poudre, «notre modèle est très classique » nous assure son directeur, «il repose sur trois axes : nos ventes, nos abonnements et la publicité». Le capital de départ a été constitué par Olivier Postel-Vinay ainsi que «des chefs d’entreprise de taille moyenne qui ont investi à titre personnel» peut-on apprendre sur le site de Books. Olivier Poste Vinay s’empresse d’ajouter: «si aucun grand groupe ne nous contrôle, les investisseurs que j’ai contactés ne font pas dans le mécénat pour autant. Ils attendent un retour sur investissement». C’est toutefois bien le directeur de publication qui détient le contrôle de l’entreprises et en assument les choix structuraux et éditoriaux.

Le site internet de Bookshttp://www.booksmag.fr/

Magazine mensuel vendu en kiosk, 71 pages, 10.-

Guillaume Henchoz

(article paru dans le magazine EDITO, décembre 2009)


Un nouveau venu sur le marché de la presse romande

Edito no 1 - Le magazine des médias en Suisse romande

Nouveau venu sur le terrain de la presse francophone en Suisse romande, Edito est en fait le résultat de la fusion de journaliste.ch et de La Gazette SSM qui constituaient respectivement les organes de communication d’impressum et du Syndicat suisse des mass média. Edito se conçoit comme un magazine bimestriel de réflexion sur les médias. Trait d’union entre les différents acteurs professionnels, Edito a également l’ambition d’aborder des problématiques journalistiques des deux côtés de la Sarine. Chaque parution se fera simultanément en allemand et en français, avec des rédactions séparées et des incises en italiens.

Le projet est à la fois ambitieux et nécessaire. Ambitieux car il paraît difficile de cultiver une vision globale du journalisme qui passe au-dessus des clivages linguistiques et culturels helvétiques. Nécessaire, car les groupes de presse sont déjà en train de jeter des ponts. Ainsi, la fusion d’Edipresse suisse avec Tamedia (peut-être faudrait-il plutôt parler du rachat du premier par le deuxième) et l’existence du groupeRingier tendent à nous indiquer que les groupe financiers actifs dans le domaine de la presse font fi de la barrière du rösti. Un média digne de ce nom se penchant sur les pratiques journalistiques tant francophones que germanophones tombe donc assez juste.

Distribué gratuitement à tous les journalistes suisses (enfin, à ceux qui sont détenteurs d’une carte les mentionnant comme inscrits au registre professionnel), Edito va pouvoir mettre un peu de baume au coeur de professionnels qui voient leur avenir morose. « EDITO aimerait leur offrir un outil de travail et valoriser leur métier à l’heure des grands changements dans le monde des médias », note dans le premier éditorial du magazine Christian Campiche, rédacteur en chef pour la version francophone. Le sommaire du premier numéro est plutôt alléchant. On y trouve des articles portant sur les possibilités et les limites de la collaboration entre les différentes rédactions et entre les différents groupes qui les financent, un petit reportage sur la famille Lamunière, détentrice du groupe Edipresse, une interview de Roger Blum qui est professeur à l’Université de Berne et président de l’Autorité d’examen des plaintes radio-télé (AIEP). A noter également la présence des résultats des principaux éditeurs pour l’exercice 2007-2008. La recension de ces chiffres publics mais pas toujours trouvables et leur organisation dans un tableau permettant les comparaisons est une heureuse initiative. On y apprend ainsi qu’à l’exception d’Edipresse, les groupes de presses ont réalisé des chiffres d’affaire nettement supérieurs que lors de l’exercice comptable précédent.

Des réflexions d’ordre éthique sont également abordées. Ainsi le cas d’Eric Felley, ancien journaliste à L’Hebdo et candidat malheureux au Conseil d’Etat valaisan sous la bannière des démocrates chrétiens est évoqué en mentionnant les opinions et la position du principal intéressé mais également celles de son ancien rédacteur en chef.

En conclusion, saluons l’arrivée d’un magazine qui apporte un peu de sang neuf dans la profession de journaliste. Il faudra également suivre de près le site internet d’Edito car c’est par l’interactivité que peuvent susciter les débats et  les critiques autour des thèmes qu’aborde son magazine que ce nouveau média prend véritablement son sens. Donc sans stresser la rédaction romande, rappelons-lui qu’on attend avec une certaine impatience une version francophone (et même pourquoi pas italophone) du site !

Guillaume Henchoz