Cose naturali

Cose naturali

Rafael Agustin Barria Albornoz est peintre. Je le vois souvent passer tôt le matin devant chez moi. Il aime profiter des premières heures de la journée pour faire jouer les couleurs dans son atelier. Au village, difficile de le louper: une longue crinière rebelle, une barbe de méchant toute droit sortie d’un film science-fiction italien des années 1960, un œil malicieux et un gros appareil photo en bandoulière. Accessoirement, comme n’importe quel trentenaire-quarantenaire du village, il est souvent affublé d’un ou deux enfants en bas âge qui lui servent de poisson-pilote. A chaque rencontre, on se lance des «What’s up bro?» et autres «Que tal companero?» ou «Comment ça va mon gars?». On se promet de boire l’apéro tout prochainement – promesse régulièrement honorée – et on vaque à nos affaires. Lire la suite « Cose naturali »

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Les éditocrates de droite tiennent le crachoir

Les éditocrates de droite tiennent le crachoir

Voici un nouveau venu dans la sphère numérique romande. Le site lesobservateurs.ch regroupe quelques signatures représentant la « libre pensée » face au courant dominant du « politiquement correct ».  Traduction: le site est une caisse de résonnance pour les idées de la droite conservatrice mais il n’est apparenté à aucun parti politique particulier.  On y trouve beaucoup de billets d’humeur et quelques analyses mais les reportages sont inexistants.  Dommage.  Lire la suite « Les éditocrates de droite tiennent le crachoir »

La Trirème quitte le port. Destination : ITHAQUE

Je dois faire ici une confession publique – après tout, un blog sert surtout à cela- : si j’ai un peu délaissé Chacaille ces derniers mois, c’est aussi parce que je me suis mis à courir un autre lièvre. A force de bloguer sur les médias, le journalisme et l’information, l’envie de passer de la critique à la pratique s’est manifestée.  Le résultat est là. Un journal sur du papier, grand, large, épais, pas pratique, beau, un objet conçu pour durer. Et un site internet, évidemment.

Au final, ça donne projet média porté par une bande de potes. Sérieux et tout et tout. Jugez plutôt :

www.itha.ch

A bientôt. Sur Ithaque ou sur Chacaille. L’odyssée ne fait que commencer.


Bilan d’étape

Bilan d’étape

La tenue d’un blog est une forme de jogging. Passé le premier kilomètre, on atteint la cadence de croisière. On est bien, le corps semble se concentrer tout seul sur l’effort à fournir, la tête est libre, on vagabonde à travers les idées, on se creuse les méninges, on s’invente des histoires. Avec un peu d’entrainement – et sans se sentir obligé d’entretenir un certain esprit de compétition – on peut tenir longtemps à ce rythme. Mais bon. Il y a toujours un moment où on s’essouffle. L’attention se focalise alors sur cette douleur infra-costale qui vient vous chatouiller au bout de cinq kilomètres, sur ce genou qui vous rappelle que votre médecin vous a déconseillé de courir sur une pente descendante, sur vos poumons de fumeur occasionnel qui commencent à siffler. Vous terminez le dernier bout au pas.

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Ceci n’est pas un au revoir

Ceci n’est pas un au revoir
Copyright : Plonk&Replonk

Quelques lignes, chers lecteurs, pour vous aviser que le rythme de parution des billets de ce blog va baisser. Un mémoire de licence à boucler requiert toute mon attention ces prochains mois. Je publierai toutefois les articles que j’ai rédigés pour le  prochain EDITO qui doit paraître fin juin. Chacaille retrouvera un rythme de croisière à partir de septembre 2010, promis.

Hasta la vista

Guillaume

Il ne peut plus se taire, Polanski

Il ne peut plus se taire, Polanski

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Il y a des manières plus ou moins heureuses de gérer  son image. Communiquant pour la première fois depuis son arrestation, le cinéaste Roman Polanski a choisi le site internet « La Règle du Jeu », celui-là même qui a abrité les chroniques haineuses de Yann Moix à l’égard de la Suisse.

J’ai décidé de rompre le silence pour m’adresser directement  à vous sans intermédiaires et avec mes propres mots. Comme chacun d’entre nous j’ai eu, dans ma vie, ma part de drames et de joies et je ne vais pas essayer de vous demander de vous apitoyer sur mon sort, je demande seulement d’être traité comme tout le monde.

Roman Polanski, Extrait de sa lettre publié par la Règle du Jeu

Il ne peut plus se taire, Roman Polanski. Et il explique pourquoi sur le site administré par le philosophe français Bernard Henri-Lévy. C’est la première fois que le cinéaste tient des propos publics depuis son arrestation. Dans le court texte publié par « la Règle du Jeu », il explique qu’il avait demandé à ses avocats de limiter la communication au strict minimum : « Je voulais que les Autorités Judiciaires de Suisse des États-Unis ainsi que mes avocats puissent faire leur travail sans polémique de ma part ». Toutefois, voyant ses demandes refusées les unes après les autres il se décide à prendre la plume. Le texte qu’il donne à lire énumère les raisons qui le poussent à clamer son profond sentiment d’injustice.

Les arguments, on les connait. De nombreux blogs, articles et forums ont débattu du cas Polanski sous toutes les coutures. Les idées qui animent son « Je ne peux plus me taire » sont connues du grand public. La seule nouveauté réside dans le fait qu’elles sont le fruit ici du principal intéressé. Notons quand-même au passage son laïus sur sa situation financière. Il figure en bas de page, c’est le dernier élément que développe Polanski : « Je ne peux plus me taire parce que je suis assigné à résidence à Gstaad au prix du versement d’une très grosse caution que je n’ai pu recueillir qu’en hypothéquant l’appartement que j’habitais depuis plus de 30 ans ». Je ne suis pas sûr que ce genre de propos lui attirent une énorme sympathie. On a tous nos petits problèmes de trésorerie. Chalet à Gstaad ou non.

Ce n’est toutefois pas dans le contenu que réside le véritable intérêt de cette prise de position. Il paraît surtout pertinent de noter que Roman Polanski a choisi le site de la Règle du Jeu dont la direction éditoriale revient au « French philosophe » Bernard Henri-Lévy. C’est également ce site qui a abrité les deux chroniques haineuses de Yann Moix sur la Suisse, chroniques retirées du site après quelques jours (Non pas parce que l’auteur avait pris peur mais parce qu’elles constituaient en fait le teasing du nouvel ouvrage de Yann Moix). Vous en trouverez de larges extraits ici. Pour rappel, Moix,  s’en était pris directement aux citoyens suisses les traitant notamment de « mous salauds »  et soupçonnant l’existence d’un antisémitisme génétique au sein de la population helvétique. (A ce sujet, vous pouvez relire une interview de Moix réalisée par Le Matin). Si le but de Roman Polanski est d’attirer l’attention sur lui et de susciter de l’empathie quant à sa situation, il me semble qu’il a choisi l’un des pires médias pour le faire. Pour filer la métaphore locale, c’est un peu comme si Me Dolivo lisait une chronique de Marie-Hélène Miauton jusqu’au bout tout en approuvant les propos qui y sont tenus. Utopique. Bref: s’il s’agit de mobiliser l’opinion publique, du côté suisse c’est assez mal barré !

Il faut également noter que le fil de conversations, ouvert directement sous sa prise de position, ne lui est pas vraiment favorable. La plupart des commentaires lui suggèrent de faire profil bas et d’accepter de se rendre aux Etats-Unis afin d’y être jugé. Afin de donner une dimension symbolique forte à cette prise de position, il aurait peut-être fallu fermer l’accès aux commentaires ? Au final, difficile de penser que  cette opération de communication puisse vraiment profiter au principal intéressé. Dommage, car il en aurait pourtant bien besoin…

Guillaume Henchoz

Petite piqûre de rappel pour se remettre dans le contexte : relisez le billet « Pas de pot, Polanski »

Un open space pour les étudiants de l’EPFL

Un open space pour les étudiants de l’EPFL

Le quotidien le Matin publie aujourd’hui un intéressant article sur le fameux (Rolex) Learning Center du site de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Cette superbibliothèque multitâches accueille les étudiants du site depuis le 22 février. Les médias ont largement couvert sa construction et son ouverture. Les articles louent la vision moderne de l’institution et l’audace architecturale des constructeurs. Pourtant la grogne commence à se faire sentir du côté des principaux utilisateurs du lieux qui viennent y étudier, comme le témoigne Laetitia dans les colonnes du Matin :

Dans notre ancienne bibliothèque, on pouvait s’isoler. Ici, tout est ouvert et il y a énormément de passage. On est tout le temps déconcentrés

De nombreux curieux viennent visiter cet espace architectural insolite au grand dam des étudiants qui ne bénéficient pas d’endroits pour s’isoler et se concentrer. A l’heure du tout en réseau, les architectes ont pensé le lieu autour des notions d’échange, de partage et de rencontre… en oubliant que le temps des études nécessite parfois également un peu de repli, de concentration et de silence. Vous voyez où je veux en venir ? Je ne peux pas m’empêcher de faire le lien avec l’open space que se doit d’organiser toute rédaction moderne qui se respecte, rationalisation des canaux d’information oblige.

Bien sûr, les journalistes ne sont pas des étudiants (ou alors ce sont d’éternels étudiants…), il n’empêche. L’élaboration de l’information, un peu comme la connaissance, nécessite autant une mise en réseau qu’un peu de solitude et de tranquillité, non ?

Guillaume Henchoz