« les légionnaires romains bénéficiaient d’un très bon entraînement et d’un matériel d’excellente qualité »

« les légionnaires romains bénéficiaient d’un très bon entraînement et d’un matériel d’excellente qualité »
Entretien avec Pierre Ducrey, professeur honoraire d’histoire ancienne à l’Université de Lausanne et grand spécialiste de la guerre et des conflits dans la Grèce antique. Une version courte de l’interview a été publiée dans le Matin Dimanche du 5 octobre 2014.
crédit photo @Allez Savoir
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Vous avez commencé à vous intéresser à l’histoire de la guerre dans l’Antiquité dès les années 1960. Comment cette idée vous est-elle venue ? Lire la suite « « les légionnaires romains bénéficiaient d’un très bon entraînement et d’un matériel d’excellente qualité » »

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Bienvenue dans la légion !

Bienvenue dans la légion !
Les légions ont assuré à l’Empire romain une période de prospérité sans précédent. Un ouvrage dresse le portrait de cette armée qui excelle dans l’art de la guerre pour imposer la paix. Article publié initialement dans le Matin Dimanche du 5 octobre 2014.
scène d'introduction du film "Gladiator", présentant une légion bataillant contre des Germains.
scène d’introduction du film « Gladiator », présentant une légion bataillant contre des Germains.

« Varus, rends-moi mes légions!» se serait exclamé plus d’une fois l’empereur Auguste en se frappant la tête contre les murs. En l’an 9 ap. J.-C., le fameux Sextus Quinctilius Varus commande pas moins de trois légions romaines basées sur les territoires germains. Lors de la bataille de Teutobourg, ses troupes sont annihilées par une coalition de différentes tribus germaines. Acculé par la défaite, le légat Varus se suicide à l’aide de son glaive. Sa tête finit sur les genoux de son empereur qui se lamente sur la disparition d’une importante partie de ses combattants. Un désastre pour l’armée impériale, qui ne reformera plus jamais ces «légions perdues».

Pourtant, les Romains ont certainement formé l’une des armées les plus efficaces de toute l’histoire. Les légionnaires ont permis à Rome de se tailler un empire et de le conserver pendant près de cinq siècles. Dans son dernier ouvrage, «La guerre romaine», l’historien Yann Le Bohec s’interroge sur les raisons de cette domination et sur le déclin du système militaire romain.

Policiers et militaires

Au début du principat, cette période au cours de laquelle les premiers empereurs se sont efforcés de maintenir les institutions républicaines en marge de leur pouvoir, l’empire compte un peu plus de vingt légions, composées d’environ cinq milles combattants chacune. Ces unités prennent leurs quartiers sur les différents territoires contrôlés par les Romains. On en trouve dans des provinces qui n’ont pas de frontières avec d’autres Etats. Mais la plupart se situent aux limites de l’empire. Il s’agit autant de surveiller les populations autochtones, en prévenant les rébellions, que de tenir à l’œil de turbulents voisins. Les légionnaires sont à la fois des policiers et des militaires.

L'empire romain atteint son apogée sous l'empereur Trajan avec la conquête de la Dacie et d'une large partie de la Mésopotamie.
L’empire romain atteint son apogée sous l’empereur Trajan avec la conquête de la Dacie et d’une large partie de la Mésopotamie.

L’armée romaine est aussi un puissant régulateur social. Tous ses soldats sont des citoyens romains. Durant les siècles qui précèdent l’époque impériale, des réformes militaires ont lieu. En 107 av. J.-C., le consul Marius autorise l’engagement de citoyens pauvres. Ces derniers trouvent dans la Légion un statut plus important ainsi qu’un salaire. Plusieurs siècles plus tard, l’empereur Septime Sévère élève au rang de citoyen tous les hommes libres de l’empire. Qu’on ne s’y trompe pas, il s’agissait surtout de renflouer les rangs des légions.

Sous les premiers empereurs, l’armée romaine est une institution fiable, formée par des hommes entraînés et soumis à une discipline de fer. Si les officiers craignent les désertions, les empereurs et les légats (un titre qui équivaut à celui de général) redoutent tout particulièrement les mutineries. Les légionnaires reçoivent donc une solde généreuse, particulièrement les prétoriens qui forment la garde rapprochée de l’empereur et dont les quartiers se situent à Rome même. Mais quand la carotte ne fonctionne pas, on n’hésite pas à agiter le bâton. Rarement utilisée, la décimation est une sanction qui frappe une unité entière. Les hommes sont alignés et un soldat sur dix est exécuté. L’empereur Auguste, de son côté, n’hésite pas à licencier sans commoda (l’indemnité que touchaient tous les soldats à la fin de leur service) une légion entière qui fleure bon la sédition.

Au cours des deux premiers siècles de notre ère, la domination de l’armée romaine est sans commune mesure. Ses principaux adversaires sont des tribus germaines en Europe qui peinent à se fédérer et les Parthes puis les Perses en Orient, des peuples qui ne possèdent pas encore d’infanterie lourde capable d’affronter efficacement les légions. L’empire doit également faire face à d’importantes révoltes en Bretagne ou encore en Judée. Mais le principal danger semble venir de l’armée elle-même. A la mort de l’empereur, certaines légions acclament leur commandant et le désignent comme successeur. Lors des guerres civiles, des légions s’affrontent, se détruisent et quittent les positions stratégiques qu’elles occupent aux frontières de l’empire.

Un long déclin

A partir du IIIe siècle, la situation se corse. De grandes coalitions de peuples germaniques se forment. Les Alamans et les Goths, par exemple, commencent à grignoter l’empire. En Orient, les Perses bénéficient des compétences de déserteurs romains. Ils se dotent de fantassins et appliquent les tactiques et les techniques de leur ennemi. L’empire a entamé son long déclin. Les légionnaires romains des IVe et Ve siècles ont oublié une partie des recettes qui avaient permis à leurs ancêtres de mener des guerres avec succès, conclut l’historien Yvon Le Bohec: «L’organisation, la hiérarchie, le recrutement, la discipline, l’exercice, la tactique et la stratégie. L’Occident ne possédait plus l’armée qui lui aurait permis d’être sauvé.»

Pour compléter le sujet, vous pouvez également lire sur Chacaille ce bref entretien avec Pierre Ducrey, professeur d’histoire antique, spécialiste de la conduite de la guerre dans la Grèce antique.

A lire

«La guerre romaine – 58 av. J.-C. – 235 ap. J.-C.», Yann Le Bohec, Editions Tallandier. En librairie.

« François Ier a donné naissance à la nation française »

« François Ier a donné naissance à la nation française »
Pour de nombreux historiens, c’est dans la première partie du XVIème siècle que se dessine les contours de l’Europe moderne. La France est marquée par le règne de François Ier, considéré comme le premier chef d’état d’un royaume qui commence à s’affirmer en tant que nation. Dans la récente biographie qu’il consacre à ce monarque, l’écrivain Max Gallo retrace le parcours politique d’un homme politique qui a marqué son temps. Sous sa plume, on assiste à la naissance de la raison d’Etat et à la formation d’alliances d’un genre nouveau. Une version un peu plus courte de cet entretien est parue dans le Matin Dimanche du 21 septembre 2014.

Lire la suite « « François Ier a donné naissance à la nation française » »

Voyage à travers l’histoire de l’Ukraine

Voyage à travers l’histoire de l’Ukraine

Durée du vol 1h53

 

Le troisième chapitre de cette première série de podcasts « Leçon d’histoire » est bouclé. On peut l’écouter et le télécharger en cliquant ici ou ici. Ce dernier entretien est l’occasion pour l’historien Eric Aunoble de dresser le portrait contrasté d’une Ukraine en jeune Etat. Nous abordons la période qui court de la fin de l’URSS aux derniers événements de 2014.

Cette série sur l’Ukraine peut également s’écouter d’une traite (cliquez ici et installez-vous confortablement pendant 1h53). Sur le plan du contenu, j’espère être arrivé à mes fins, soit proposer par le biais de l’histoire une meilleure compréhension d’un phénomène de l’actualité, à savoir le conflit civil qui gagne l’Ukraine. Lire la suite « Voyage à travers l’histoire de l’Ukraine »

Un historien raconte l’Ukraine. Chapitre II

Un historien raconte l’Ukraine. Chapitre II

Suite de notre entretien avec l’historien Eric Aunoble, chargé d’enseignement à l’Université de Genève et spécialiste de l’histoire ukrainienne.

Au menu de ce épisode centré sur le XXe siècle :
– Les très riches heures du nationalisme ukrainien.
– Les cocos… les cocos… les communistes !
– Une pincée de développement industriel.
– Une famine épouvantable.
– Deux guerres mondiales.
– Des historiens désaccordés.

Durée : environ 45 minutes Lire la suite « Un historien raconte l’Ukraine. Chapitre II »

Un historien raconte l’Ukraine. Chapitre I

Un historien raconte l’Ukraine. Chapitre I

J’aime bien prendre le temps. Quand un événement survient dans l’actualité et s’y installe durablement, mon premier réflexe est d’ordre généalogique. Je me demande comment et pourquoi on en est arrivé là. Je ne me contente pas de jeter un vague regard dans le rétroviseur mais je m’y plonge complètement.

C’est le cas avec  l’Ukraine. Quand les manifestations sur la place Maïdan de Kiev ont commencé à prendre de l’ampleur, comme n’importe quel autre consommateur d’information, j’ai saisi qu’il se passait quelque chose, mais quoi ? Je ne suis pas un reporter baroudeur indépendant au business plan asthmatique (hélas). J’ai un job, des gosses, un agenda et un frigidaire à remplir. Inutile de penser faire le voyage jusqu’en Ukraine. En plus il y a la barrière de la langue et puis bon… le conflit est super bien couvert par les médias. (Au point qu’on en oublie presque la Syrie). Lire la suite « Un historien raconte l’Ukraine. Chapitre I »

Il était une fois le football

Il était une fois le football

Déjà pratiqué par les Mayas ou les légionnaires romains, le ballon rond a subi bien des mutations à travers les siècles. Article initialement paru dans le Matin Dimanche du 15 juin 2014.

« Si le foot est une religion, alors la FIFA est son Eglise, affirmait cette semaine sur la chaîne HBO l’humoriste anglais John Oliver. Prenez une minute pour réfléchir à cela : son leader est infaillible, elle oblige les pays sud-américains à construire des cathédrales opulentes avec l’argent qu’ils n’ont pas, et elle est responsable d’un nombre incroyable de morts au Moyen-Orient ». Il faisait référence à l’hécatombe d’ouvriers népalais employés par le Qatar pour la construction des infrastructures de la Coupe du Monde 2022.

Cette analyse, le philosophe marxiste Antonio Gramsci ne l’aurait pas désavouée, lui qui, en 1922 déjà, fustigeait le développement dans les classes populaires italiennes de ce sport bourgeois inventé par des capitalistes anglais. Plus tard, c’est l’anthropologue français Marc Augé qui décrit le football comme une religion : « Des Hurons ou des Persans faisant profession d’ethnologie et pratiquant l’observation participante dans les stades seraient sensibles au grand rituel du jeu. Même si pour finir, ils hésiteraient à mettre en forme leur hypothèse centrale : les Terriens pratiquent une religion unique et sans dieux ». De là à considérer que le football est le nouvel opium du peuple, il n’y a qu’un pas qui se franchit aisément. Lire la suite « Il était une fois le football »