La manière dont nous percevons la richesse a bien évolué ces dernières années. Pour en donner la mesure, Thierry Pech, rédacteur en chef du magazine Alternatives Economiques, ouvre son essai en décrivant le contenu d’une boîte d’un monopoly, ce jeu qui vous place dans la peau d’un riche qui cherche à faire fructifier son capital. Et là, surprise: les rues de Paris ont été remplacées par les grandes métropoles d’un monde globalisé, les petits billets de 20, 100 et 500 ont disparu au profit de cartes de crédit plafonnées à plusieurs millions, les gares ont fait place à des compagnies aériennes, … . Bref, le monopoly raconte assez bien les transformations de l’imaginaire et de la réalité des ultras riches. Les ultras riches? C’est le 0,01 % de la population française qui gagne annuellement plus de 730’000 Euros.

Infime pourcentage d’une population qui se paupérise, les ultras riches n’en sont pas moins étudiés de près par les sociologues. Il faut dire que cette minuscule minorité en dit long sur la dérive libérale et les clivages de classe toujours plus accentués qui marquent nos sociétés. L’analyse de Thierry Pech repose donc en partie sur d’importantes recherches menées par Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon qui ont réalisé plusieurs terrains d’observation sur les riches en France. Il faut également citer le travail d’Olivier Godechot qui s’intéresse au monde de la finance et des traders.

«Plus on est riche et moins on est disposé à donner aux pauvres»

Dans cet ouvrage à la fois accessible et pédagogique, Thierry Pech déconstruit non sans ironie les arguments légitimant les salaires astronomiques des ultras riches. Il détricote ainsi le phénomène du trickle-down qui consiste à légitimer des niches fiscales pour les grandes fortunes en comptant sur un retour indirect : force est de constater que les problèmes structurels sont toujours là et que le chômage n’en finit pas de monter. Il faut dire que les riches n’aiment pas redistribuer leur argent. Citant une récente étude américaine en psychologie expérimentale, Pech fait remarquer que «plus on est riche et moins on est disposé à donner aux pauvres. Inversement plus on est d’un statut social modeste et plus on est prêt à leur porter secours».

Mais c’est aussi et surtout une nouvelle cartographie des riches que nous livre l’auteur. Le petit carré VIP des multimillionnaires a changé de figure ces dernières années. Si auparavant on y trouvait de nombreux capitaines d’industries et des patrons de grosses entreprises, ces derniers ont dû concéder de nombreux sièges aux traders et aux dirigeants de l’industrie financière. Opacité fiscale et salariale, déconnexion avec la valeur réelle du prix des choses et de la vie, l’excès de richesse monopolisée par un petit nombre d’individu nuit à la démocratie. «Le moment est venu de procéder à un certain nombre de réformes d’envergure qui traduiront un changement de cap et incarneront une nouvelle philosophie sociale», conclut Thierry Pech.

Thierry Pech, Le temps des riches: Anatomie d’une sécession, Seuil, 2011, 173 p.

(Notule parue dans le Courrier du 5 novembre 2011, sous le titre « les dangers de la richesse »).

Illustration Flickr par Fiona Shields (CC)

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