L’éthique est à la mode. La disparition des «utopies politiques lourdes» a laissé le terrain de la pensée critique en friche, affirme Alain Renaut. Selon ce philosophe, la fin des grands projets collectifs susceptibles de mobiliser les masses marque l’émergence d’un nouveau rapport au politique porté par l’éthique. Au lieu de s’évertuer à changer le monde, on s’emploie plutôt à façonner sa propre existence. Finis les lendemains qui chantent: l’apparition de nouveaux thèmes comme la sollicitude, l’identité, la vulnérabilité ou encore la diversité vient bouleverser et recomposer le champ de la réflexion politique. Les années 1990 et 2000 sont marquées par le grand retour de la morale. Renaut s’appuie sur la multiplication des entreprises caritatives et le succès de l’aide humanitaire pour observer ce phénomène: «Les ONG sont devenues pour beaucoup de jeunes adultes le nouveau terrain d’un engagement, délaissant les structures politiques traditionnelles»

Une indignation morale qui se déplie loin de la sphère du juridique

Si les démocraties se sont toujours appuyées sur un code moral pour fonder leur autorité, l’éthique connait un succès particulièrement retentissant de nos jours. L’auteur constate que sa montée en puissance coïncide avec l’accroissement de la liberté et le recul de l’autorité. En politique, cette résurgence de l’éthique s’observe à travers le développement de l’indignation morale: «C’est sur ce mode que la conscience du citoyen trouve, entre les périodes électorales, à exprimer sa voix». Petite pensée émue en direction des  Indignados espagnols… . Cette indignation morale se déplie loin de la sphère du juridique et ne se focalise donc pas sur des actes délictueux, remarque encore le philosophe.

Survient alors une question angoissante qui hante les pages de l’essai d’Alain Renaut: «Comment s’arranger pour que le développement d’une culture de l’éthique n’aboutisse pas à faire surgir une irréparable pluralité de systèmes de valeurs?». L’auteur ne remet pas en cause l’apparition de questions éthiques dans la sphère publique, puisque cela relève, selon lui, de la bonne santé démocratique. Il reste toutefois conscient qu’une éthique a minima, centrée sur les besoins de l’individu au détriment du groupe, contribue à détricoter le lien social. La solution se trouverait, selon lui, dans le développement d’une éthique de la liberté. Une liberté qui ne consiste pas à «passer (ses) journées vautré sur un canapé à (se) gaver de biscuits au chocolat en regardant la télévision».

 Guillaume Henchoz

 Notule critique publiée initialement dans le Courrier

Références : Alain Renaut, Quelle éthique pour nos démocraties, Paris : Buchet Chastel, 2011, 256 p.

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