Une «pensée à gauche» généreuse, mais hermétique

Plutôt qu’un livre, c’est un outil que nous proposent les éditions Amsterdam avec l’imposant Penser à gauche, qui vient de paraître en début d’année. Cet austère pavé recense de nombreux articles initialement parus dans la feue Revue internationale des livres et des idées. Ils constituent un panorama des différentes formes de pensées critiques. Luc Boltanski, Giorgio Agamben, Isabelle Stengers, Anonio Negri, Etienne Balibar, …: les différents contributeurs n’appartiennent pas aux mêmes écoles de pensée et ont régulièrement croisé le fer. Ils sont cependant tous réunis autour d’une idée commune: le capitalisme est un modèle qu’il s’agit de critiquer et de dépasser.
Chaque article est un compte-rendu critique de lecture d’un ou parfois deux ouvrages. On y trouve également quelques entretiens. Les recensions sont l’œuvre de différents activistes, chercheurs, analystes et théoriciens. La qualité de l’ouvrage tient dans son éclectisme tout à fait assumé: on n’y trouve aucun mot d’ordre, et les papiers sont simplement regroupés en différents thèmes constitués en chapitres. Il est d’abord question de «penser la mondialisation néolibérale», avant de traiter d’«écologie politique», de «postmarxisme», de «postcolonialisme» et de «critique de la critique», pour citer quelques-uns des grands chantiers de la pensée à gauche. Au lecteur de piocher dans l’ouvrage selon ses besoins ou ses envies.
Penser à gauche se revendique comme une «boîte à outils», pour reprendre la formule du philosophe Michel Foucault. Il s’agit de «contribuer à la réapropriation par chacun de la pensée critique», affirme encore le texte introductif. C’est peut-être ici que le bât blesse. Car certaines recensions sont dotées d’une syntaxe inutilement alambiquée voire carrément hermétique. Cette esthétique baroque se retrouve par exemple dans une recension d’Alberto Toscano intitulé «Anti-antitolalitarisme» qui présente la particularité de rendre complètement incompréhensible le sujet qu’il traite. Pour s’embarquer dans la lecture de cet opus, il convient donc de compléter la boîte à outils avec un bon dictionnaire des idées politiques.

Collectif, Penser à gauche, figures de la pensée critique aujourd’hui, Editions Amsterdam, 2011, 505 p.

Critique publiée dans le Courrier du samedi 19 mars 2010

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