[tweetmeme source=”chacaille” only_single=false]

Il porte bien son nom, Mark Lee Hunter. Le « chasseur » enseigne le reportage et l’enquête à l’université de Paris-II. Il était au 6ème congrès d’investigation de Genève où on a pu l’entendre s’exprimer sur les modèles économiques de l’investigation. Ce journaliste passé à la recherche en a également profité pour esquisser une nouvelle éthique du métier.

On a beaucoup discuté modèles économiques au cours des conférences qui se sont tenues à Genève sur le journalisme d’investigation. La crise des médias alliée à la crise conjoncturelle inquiète évidemment les groupes de presse. Comment continuer à financer de grandes enquêtes aux ramifications internationales dans une période d’austérité économique ? L’une des réponse est le recours au financement des investigations par des fondations. Une structure comme Propublica en a fait sa spécialité. Nous en avions déjà parlé ici. Toutefois, le journaliste américain Mark Lee Hunter ne s’en satisfait pas. « Je pense que nous sommes dans un moment de transition. Nous allons déboucher sur autre chose. Il faudra trouver d’autres modèles pour compléter ces fonds », affirmait-il en substance dans une interview diffusée par Médialogues. Si les fondations sont idéales pour faire le joint entre un ancien modèle de presse et le nouveau qui commence à peine à se dessiner, elles ne constituent cependant pas la panacée.

En fait, le journalisme d’investigation est vendeur, si on suit le raisonnement du journaliste américain: « Dans les études que nous avons menées, nous avons pu constater que les médias qui marchent le mieux ont quelque chose que les autres n’ont pas. Il s’agit d’une certaine indépendance mais également d’une différence de contenu ». Et c’est précisément là qu’intervient l’investigation. Dans un contexte où les médias s’uniformisent pour finir par tous se ressembler un peu, l’enquête permet d’apporter une certaine plus value au média qui la publie, lui offrant la possibilité de sortir du lot, de s’extraire du flux.

« L’objectivité fait place à la transparence », confie encore Mark Hunter au micro d’Alain Maillard (Médialogues). Le journaliste américain continue à passer en revue les scénarios de financement. Parmi ceux-ci, il aborde la possibilité de collaborer avec des associations et des organisations non-gouvernementales. Mais n’y a-t-il pas un risque de voir l’objectivité du journalisme sacrifiée sur l’autel de cette collaboration ? Pour Hunter, la question ne se pose pas en ces termes : « Quand on analyse des enquêtes d’opinion sur la crédibilité des journalistes, on constate une remise en question de leur objectivité ». Les journalistes n’ont pas bonne presse, on l’a déjà mentionné. La sacro-sainte objectivité de la presse, plus personne n’y croit. Mais il ne s’agit pas de jeter le bébé avec l’eau du bain : La démarche journalistique a encore un sens si elle parvient à imposer de nouveaux codes. En fait de codes, c’est une nouvelle éthique de la vérité articulée à la notion de transparence que soutient Mark Lee Hunter. Comme pour le prouver, Les représentants des associations GreenPeace et Human Rights Watch en ont remis une couche. Ils se déclarent tout-à-fait disposés à collaborer avec des journalistes pour autant que ces derniers adhèrent à leur point de vue et soutiennent leur cause. Selon Hunter, Le public ne s’en choquerait pas, au contraire.

Bref, « le journalisme d’investigation se porte bien, merci » lançait Mark Lee Hunter sur le plateau de la TSR. Les écoles sont pleines et les vocations sont toujours là. A l’écouter, le travail de journaliste n’a pas changé : Le boulot consiste toujours à chercher la vérité et l’exposer au grand public. On peut toujours bidouiller l’éthique, il y a des fondamentaux qui ne s’oublient pas.

Guillaume Henchoz

Boîte noire : Je n’ai malheureusement pas pu assister à la conférence modérée par Mark Lee Hunter. Ce billet repose sur des informations glanées en écoutant l’interview de Hunter réalisée par Alain Maillard et en visionnant son court passage sur le plateau du TJ de la TSR. Des informations générales ont également été trouvées sur le site du journaliste : http://markleehunter.free.fr . On peut notamment y trouver son manuel du journalisme d’investigation en téléchargement libre.
Publicités

5 réflexions sur “Mark Lee Hunter et les nouveaux modèles économiques du journalisme d’investigation

  1. Un journaliste a,come tout le monde, son opinon, qui transparaît dans ses articles. Si le positionnement du journal dans lequel il écrit est clair, pas de problème. Par contre, un journaliste se vendantau plus offrant, fusse une ONG, là, il y a problème.
    Mais le souci aujourd’hui, pour le journaliste, dans un monde d’infos gratuite, est la valeur ajoutée. Une véritable investigation, sur un sujet intéressant, avec un analyse, trouvera preneur. Mais, le problème du journalisme, c’est que beaucoup reprennent en fait les dossiers de presse des ministères et des entreprises.

  2. Pas tout à fait d’accord avec vous sur le premier point.

    Prenons un exemple concret. un journaliste collabore à la rédaction d’un rapport pour Human Rights Watch et profite des informations collectées pour en faire des articles publiables. De mon point de vue, ce reporter ne se dé-crédibilise pas dans la mesure où il communique à ses lecteurs ces liens avec l’association.

    D’un autre côté, un reporter appartenant à un presse connotée à droite ou à gauche, mais qui se revendique d’une objectivité certifiée par son statut même de journaliste, perd toute sa crédibilité aux yeux de nombreux lecteurs.

    Il ne s’agit pas de se vendre au plus offrant mais de construire un modèle économique qui nous permette de faire notre métier dans des conditions -économiques et morales- décentes. Mais je note en fait que de nombreux journalistes ne semblent pas à l’aise avec ce nouveau paradigme déontologique. Pour eux, l’Objectivité est un des derniers ciment du métier. Personnellement je ne le pense pas, mais comme dit Mark Lee Hunter au micro d’Alain Maillard : « Je serais ravi qu’on me contredise… »

    D’accord avec vous cependant pour affirmer que l’enquête peut s’avérer rentable et « trouvera toujours preneur », comme vous le mentionnez dans votre commentaire. Une bonne analyse ou une investigation bien fouillée, même si cela peut coûter cher, permet de mieux faire ressortir le média qui la publie du flux ininterrompu des informations.

    Guillaume H.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s