Prison De Bochuz, Plaine de l'Orbe (VD)

L’affaire Skander Vogt a maintenant dépassé les frontières de la Suisse. La radio française RTL a publié de larges extraits des bandes sonores qui permettent de retracer les entretiens qui ont mené au drame. Si les événements sont assez choquants pour attirer légitimement l’attention des médias français, il en résulte un certain nombre de questions liées à la pratique du journalisme des deux côtés de la frontière.

L’affaire a été révélée par Le Matin. A la prison de Bochuz, dans la nuit du 11 mars, Skander Vogt met le feu à son matelas. Secours, gardiens et policiers mettront plusieurs heures avant d’intervenir. Le détenu ne survivra pas aux conséquences  de ce qui semble être un gros cafouillage entre différents services couplé à la malveillance de certains acteurs. Le secret de l’instruction en cours est brisé lorsque le quotidien romand se procure une copie de conversations qui se sont déroulées entre les gardiens de la prison, la gendarmerie et différents policiers. La publication des extraits suscite un des plus grands scandales médiatiques que nous ayons connu en Suisse depuis longtemps.

Bien sûr, la justice n’est pas contente. Le sceau de l’instruction a été brisé. La presse a toutefois fait son boulot en portant un coup de projecteur sur les services de la police vaudoise qui n’en est pas à son premier ballon d’essai. Les règles et la déontologie journalistique en place sont respectées. On n’écoute pas directement la bande et les lecteurs du Matin ont droit a un compte rendu synthétique qui permet de se rendre compte de la bêtise et de la violence des échanges téléphoniques effectués entre les services. Elément important, aucun nom à part celui de la victime n’est mentionné dans l’infographie réalisée par le Matin. Pour le quotidien, il s’agit surtout de taper sur le système, mais de laisser la justice faire son travail. L’enquête portant sur les responsabilités effectives des personnes et des services est du ressort de la cour, pas de la presse.

Lorsque l’affaire est cependant reprise par des médias français, les codes ne sont pas les mêmes. Nos voisins semblent dotés d’une éthique journalistique qui tranche avec celle des journalistes suisses. Dans les extraits des conversations téléphoniques passés sur RTL, les noms des acteurs étaient tout-à-fait audibles. Une brève enquête permettrait facilement de remonter à leur identité. Ce phénomène s’est déjà constaté dans d’autres faits divers : lors d’une enquête portant sur un prêtre accusé de pédophilie et actif des deux côtés de la frontière, les médias suisses, plus respectueux de la présomption d’innocence n’avaient pas révélé  son identité, alors que son nom s’était retrouvé affiché dans tout la presse locale française. Conclusion : à l’heure du journalisme global, les codes culturels et régionaux persistent bien plus qu’on ne saurait se l’avouer.

Guillaume Henchoz

Pour plus d’information sur cette affaire, consultez le dossier du Matin.

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