Seymour Hersh, reporter au New Yorker

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Il a l’œil malicieux, Seymour Hersh, lorsqu’il monte sur l’estrade afin de d’ouvrir la deuxième journée du Congrès sur le journalisme d’investigation qui se tient en ce moment même à Genève. Dès les premiers mots, le public semble happé par les histoires de Hersh. Et des histoires, il en a un paquet à raconter.

Storyteller. De la guerre du Vietnam à la prison d’Abu Ghraib, le public se trouve embarqué, « embedded », dans le récit de ce conteur-né. Un paradoxe pour ce journaliste qui ne parvient pas à cacher une moue dépréciative chaque fois qu’il prononce le mot.  En fait, plus que « l’embarquement » d’un reporter dans une unité combattante –difficile de couvrir l’actualité d’un conflit sans suivre ses principaux acteurs –  c’est surtout un journalisme de cour, un discours médiatique qui relaie sans analyser les propos du pouvoir que Seymour Hersh condamne fermement : «Après le 11 septembre, beaucoup de journalistes ont manqué de recul critique. Ce n’est pas ce que nous devons faire. Ce n’est pas mon travail. Mon job consiste à rendre compte de ce qui est dit, et de dire si ce qui est dit est vrai ou ne l’est pas ». Le journaliste idéal de Hersh est une sorte de paladin parfois faillible au service de la vérité : « les gouvernements mentent, pas les journalistes : ils font des erreurs ».

Seymour les bons tuyaux. Questionné par le public sur ses méthodes d’investigation, Hersh ne s’est pas fait prier pour donner quelques recettes de la maison. D’où tient-il ses sources ? Le journaliste fait le pied de grue devant les homes pour personnes âgées : « Je me suis rendu compte que les personnes à la retraite s’embêtent un peu et ont beaucoup de choses à raconter. Un vieux général aigri ou un ancien agent secret lâchent volontiers des infos précieuses si vous prenez le temps de les rencontrer et de vous entretenir avec eux ». Lorsqu’il rencontre des informateurs potentiels ou quand il effectue des entretiens Hersh insiste sur le fait qu’il est nécessaire d’être bien documenté : « il faut lire, lire et lire encore. Pour obtenir des informations, il faut aussi en donner. Se contenter de poser des questions ne suffit pas ».

Prudence, Prudence. Seymour  Hersh reste cependant un journaliste old school Lorsqu’on lui pose l’inévitable question « Qu’est-ce que vous pouvez donner comme conseil à un jeune journaliste qui se lance ? » , ce vieux briscard de l’investigation sèche un peu. Après quelques raclements de gorge et autres borborygmes, Hersh lance un goguenard : « dites-moi ce que vous voulez que je vous dise et je vous le dirai ». Pas besoin d’être politicien pour utiliser la langue de bois avec humour.  Internet et les blogs, ce n’est pas tellement son truc non plus. Hersh utilise encore de bons vieux calepins. « Je me méfie des ordinateurs et je code le nom de mes sources dans mes comptes-rendus d’enquête » confie-t-il au public. Un peu parano, Seymour Hersh ? Plutôt prudent en fait. Les lois du Patriot act ont encore renforcé cette méfiance. Il ne faudrait toutefois pas le considérer comme un technophobe en puissance. Hersh a pris bonne note de l’arrivée du multimédia et reste persuadé que des modèles économiques vont émerger…sans pour autant préciser lesquels. Côté formation, le journaliste ne voit pas d’un bon œil la prolifération des écoles de journalisme (n’oublions pas qu’aux Etats-Unis, le journalisme s’enseigne à l’université) et préfère insister sur la nécessité d’une formation permettant d’accéder à bonne culture générale. Le reste, ça s’apprend sur le terrain. Evidemment.

Seymour Hersh est reporter au New Yorker. Il a exercé sa plume au New York Times et de manière indépendante. Il s’est notamment fait remarquer pour son travail sur le massacre de My Lay et son enquête sur la prison d’Abou Ghraib.

Retrouvez un verbatim de la conférence de Seymour Hersh sur le blog de Sokiosque.ch et consultez l’enregistrement complet de la conférence sur le site du GIJC.

Guillaume Henchoz

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Une réflexion sur “Seymour Hersh : « Les gouvernements mentent. Les journalistes font des erreurs »

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