Chouette ! Pour le compte d’EDITO, je m’apprête à couvrir la 6ème conférence internationale du journalisme d’investigation qui se tiendra à Genève du 22 au 25 avril. Mais au fait, en quoi consiste exactement le journalisme d’investigation ?

Rien de tel qu’un petit tour sur le net … pour s’emmêler les pinceaux. Du côté de Wikipedia, on apprend que le journalisme d’investigation ou journalisme d’enquête est un genre (ceci n’est pas un hyperlien, c’est moi qui souligne…) journalistique qui se définit par « la durée de travail sur un même sujet et par des recherches approfondies« . Admettons. L’encyclopédie note encore que ce type de pratique journalistique implique également « une indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques ou économiques, et une profondeur d’analyse qui résiste à la tentation de l’audimat ou à la course à l’exclusivité« . Gageons que toute forme de journalisme sérieux prétend y tendre également. Dans les faits, n’importe quel article digne de ce nom est censé faire l’objet d’une investigation. « Le terme  « journalisme d’investigation » est un pléonasme. Si ce n’est pas de l’investigation, alors c’est un communiqué de presse« , affirme MJ Akbar, grand magnat de la presse indienne.

Dans la presse francophone, l’étiquette « journaliste d’investigation » colle aux plumes de grandes signatures telles Denis Robert ou Pierre Péan, des reporters spécialisés dans des domaines particuliers et qui publient régulièrement des sommes sur l’objet de leurs recherches. A ce propos, il est intéressant de constater que les comptes rendus de leurs enquêtes ne se trouvent plus dans les bonnes pages de la presse mais dans les librairies, publiés sous la forme d’ouvrages parfois imposants. Se pose alors la question du statut de l’enquêteur. Est-ce encore véritablement un travail de journalisme ? C’est ce que se demande Guillaume Narvic sur son blog, növövision en observant le cas de Pierre Péan :

Si Pierre Péan n’a plus de carte de presse depuis 1987, c’est qu’il publie ses enquêtes sous forme de livres, et que ces derniers constituent son revenu principal. De ce seul fait, et pour une raison d’ordre strictement économique, il ne répond donc plus aux critères d’attribution de la carte de presse, qui exigent que l’on obtienne plus de 50% de son revenu d’une entreprise de presse, disposant d’un numéro de commission paritaire (c’est d’ailleurs la seule condition requise pour être qualifié de « journaliste professionnel »). On en revient à l’éternel débat entre « être journaliste » professionnel ou « faire du journalisme » en professionnel. La question va au delà du « cas » de Péan, qui semble avoir choisi (d’après David Servenay) d’abandonner lui-même le qualificatif de journaliste.

A consulter la liste des invités de la prochaine conférence qui se tiendra à Genève, on ne peut toutefois pas limiter la notion de « journalisme d’investigation » aux seuls reporters qui se penchent sur ce qu’on appelle communément dans le jargon « les affaires ». Il ne sera pas uniquement question de pouvoir et de corruption… même si ces thèmes composent les morceaux de choix des allocutions. Une journaliste comme Florence Aubenas qui vient de passer plusieurs mois sur le terrain des travailleurs précaires et qui s’est employée à poser un regard sur la crise « ni comme sociologue ni comme économiste, mais à hauteur d’hommes » mérite certainement le titre de journaliste d’investigation. Même chose pour Samuel Bollendorf et Abel Ségrétin, auteurs d’une enquête sous la forme d’un webdocumentaire concernant les travailleurs du charbon en Chine.

Mais peut-être faut-il remettre en question la notion de genre quand on s’interroge sur le journalisme d’investigation si on souhaite y placer sous la même bannière des journalistes aux profils si différents. Il faudrait alors plutôt parler d’une posture: celle d’un journalisme qui prend son temps. Un journalisme qui assume longueur et lenteur comme des catégories positives. Peu importe l’objet de l’enquête et le support média utilisé. Ces reporters se retrouvent dans une gestion de la temporalité différente de celle des journalistes qui luttent au quotidien sur le front de l’immédiateté et de la rapidité.

Guillaume Henchoz

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Une réflexion sur “Le journalisme d’investigation en question

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