Les journaux licencient ? Ils engagent. Les titres mettent la clef sous la porte ? Ils se lancent. Les articles sont toujours plus, courts, ils osent remplir des pages avec un seul sujet. Les magazines Books et XXI remontent le courant, la tête hors de l’eau. Pour l’instant. Comment font-ils ?

XXI, une revue qui renoue avec la tradition du reportage

Genèse

XXI est le fruit de la pugnacité et de l’enthousiasme d’une personne en particulier : Patrick de Saint-Exupéry, reporter qui a couvert de nombreux conflits en Afrique. Le journaliste part d’une réflexion qu’il partage avec Laurent Beccaria, des éditions les Arènes : «le journalisme répond de plus en plus à la logique de l’immédiat. Moins de place pour écrire dans les journaux, moins de temps pour enquêter. Les journalistes, quand ils ont des choses importantes à dire, se replient maintenant vers la rédaction d’enquêtes sous forme de livres qui se déclinent sur un temps beaucoup plus long». C’est fort de ce constat que commence à s’ébaucher la revue XXI: permettre à des reporters de prendre le temps d’enquêter et d’écrire.

Concept

XXI prend en effet le contre-pied des journaux gratuits : les articles sont fouillés, les enquêtes et le reportages de terrains y sont privilégiés.XXI met l’accent sur des histoires bien écrites aux angles originaux et qui n’ont pas été traitées dans d’autres médias. En anglais cela porte un nom. On parle de «narrative writing» pour désigner ce journalisme qui prend le temps d’aller gratter. Ce concept anglo-saxon que l’on pourrait traduire par «journalisme de récit» a servi de terreau fertile pour toute une génération de romanciers anglo-saxons. Mais Patrick de Saint-Exupéry ne manque pas de rappeler que cette approche remonte également aux fines plumes des reporters francophones: «Nous renouons avec une certaine tradition portée par Joseph Kessel ou encore Albert Londres». A côté d’articles conventionnels, le magazine développe aussi le récit graphique sous la forme de BD-reportage. Il ne s’agit cependant pas de laisser libre cours à la fiction : «Le travail du journaliste est de raconter des histoires vraies» nous rappelle Patrick de Saint-Exupéry, «il se décline sous cette formule: Je suis allé, j’ai vu, j’ai rapporté». Le Jules César du journalisme rappelle également que si «l’hyper objectivité n’existe pas», le journaliste doit porter un regard qui se distancie de la fiction: «Lorsqu’on raconte, on choisit. Il faut assumer ce choix comme une vérité que l’on défend».

Diffusion et support

La revue est également un bel objet. Bien relié, format italien, XXI se range plutôt du côté de la bibliothèque que sur la pile des journaux. Le magazine se présente sous la forme d’un beau livre, et pour cause : on ne le trouve pas en kiosk mais en librairie. Son éditeur justifie ce choix original «on a voulu être cohérent jusqu’au bout. En nous adressant à des lecteurs, c’est tout naturellement que nous avons décidé d’utiliser les libraires comme canal de distribution. Même si cela nous coûte plus cher en TVA, cette approche nous semble en parfaite adéquation avec notre concept». XXI ne renie pas les nouvelles technologies pour autant. Le magazine est également présent sur la toile grâce à un blog. «il ne nous rapporte rien, c’est le papier qui nous fait vivre», s’empresse d’expliquer Patrick de Saint-Exupéry, avant de rajouter que le blog «assure un lien avec le temps de l’actualité et permet de mieux faire connaître la revue papier».

Financement

210 pages reliées et imprimées en couleur, cela a évidemment un prix: XXI est plus cher qu’une revue, mais moins qu’un livre du même format. Le fait est d’autant plus marquant qu’on n’y trouve pas l’ombre d’une publicité. Non pas que son rédacteur en chef soit un ayatollah anti-pub: «on s’est rendu compte que dans le modèle de journal qu’on voulait développer, il n’y aurait pas de rubrique consommation ouvoyage qui sont de véritables aspirateurs à annonceurs. On n’aurait pas pu tabler sur de grandes rentrées publicitaires. On a alors choisi de faire confiance à ceux qui nous font vivre et pour qui on écrit: nos lecteurs».

Le blog de XXIhttp://www.leblogde21.com/

Magazine trimestriel vendu en librairie, 210 pages, 24.90.-

Guillaume Henchoz

(article paru dans le magazine EDITO, décembre 2009)


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