le papier en sursis ?

Verba volent, scripta manent. Les paroles s’en vont, les écrits restent affirment les anciens. C’est d’autant plus vrai qu’ils écrivaient sur du marbre rajoute plus de 20 siècle plus tard, l’humoriste belge Philippe Geluck.

Et nous, sur quoi écrivons-nous ? Sur du papier aurait-on envie de répondre presque instinctivement.  En fait, il s’avère que c’est beaucoup plus compliqué que cela. Depuis pas mal de siècles, nous avons gratté des tablettes de terre, de cire, du papyrus, du parchemin et bien-sûr du papier. Du papier depuis près de 10 siècle, du papier depuis que ce support est passé des chinois aux arabes puis à l’entier du continent européen. L’imprimerie et le papier sont considérés comme les fondements de notre culture intellectuelle. Peut-être est-ce pour cette raison que l’arrivée de nouvelles technologies  introduisant de nouveaux supports d’écriture et bouleversant la transmission de notre savoir suscite débats et controverses.

Avec le retard qui me caractérise et que je drape élégament de la notion de « recul critique » (pffff… n’importe quoi !), j’ai pris connaissance de l’excellente réflexion de Nicholas Carr sur le sujet. Dans un article intitulé Is google making us stupid ? dont on trouvera une version française ici, l’auteur s’interroge principalement sur son rapport à la lecture depuis le développement des nouvelles technologies. Il constate, grosso modo, que son attention est plus diffuse et qu’il peine à lire plusieurs pages d’affilée sans se « disperser ». En bref, il affirme tout haut ce que nous vivons quotidiennement sans oser nous l’avouer véritablement… tout bas. Le papier capterait-il mieux notre capacité de concentration ? Je crois qu’il s’agit surtout du fait qu’il n’existe pas -encore- de support pratique, mobile et maléable, propice à la lecture au lit, dans un transport public ou au WC. Les smartphones permettent certes de lire partout mais des textes courts, dépêches, messages ou petits articles. Les supports technologiques que l’on a présenté comme les fossoyeurs du papier, la tablette Kindle ou le Sony Reader qui illustre cette chronique, n’ont pas -encore- détrôné le livre en général… et le livre de poche en particulier. Ce n’est qu’une question de temps ? Pas si sûr. Certes, nous avons les compétences scientifiques nécessaires pour penser ces nouveaux supports. Il y a toutefois une marge difficile à appréhender pour voir ces technologies se développer en produits innovants, accessibles à un large public.

Entre découvertes scientifiques et innovations technologiques, les révolutions ont le temps de s’étioler. D’ailleurs, à la notion de Révolution numérique, je préfère celle de « glissements numériques » qui me semble mieux illustrer les microchangements réguliers et soutenus dans le monde du web et du multimédia. De nouveaux objets, de nouvelles techniques apparaissent et nous nous efforçons de les maîtriser au plus vite afin de ne pas perdre le fil. Pour l’instant donc, force est de constater que rien, sinon des projets relevant encore de la fiction ne vient remplacer le bouquin. Pour l’instant, car tôt ou tard, un support (lié à l’e-paper peut-être ?) proposera certainement un mode de lecture proche du livre mais plus pratique et plus économique.

La crise du papier touche aussi le monde de la presse. Notre manière d’élaborer, de véhiculer et de consommer l’information, subit une profonde mutation que nombreux et sérieux blogs suivent et analysent (novövisionjournalistiquesInternet et opinion(s)).Tous pointent l’éclatement progressif de la branche et l’apparition de différentes niches ou produits-médias. Cette fragmentation de la presse et de ses supports est en train de produire une multitude de médias différents dont certains tendent à s’articuler plutôt autour du papier… tout en s’assurant une place « promotionnelle » sur la toile. Les journaux gratuits et une revue d’information à haute valeur ajoutée comme XXI (longues analyses, reportages au quatre coins du globe, usage de la BD et books de photoreporters) ne sont pas près de passer en « pure player ». Ces titres, au final, dépendent tout comme le livre, d’un développement d’ innovations technologiques qui puisse leur permettre de s’affranchir du papier. Il n’y a toutefois pas que nos petites habitudes numériques à nous qu’il faut prendre en compte pour évaluer notre rapport aux textes en général.

Les groupes de presses qui investissent en Russie, en Inde et dans d’autres pays asiatiques ne s’y trompent pas: il y a encore tout un public qui n’a pas forcément accès aux outils technologiques de notre quotidien mais qui est aussi demandeur d’information. Le groupe Edipresse semble savoir ce qu’il fait quand il vend ses titres suisses à son concurrent pour se concentrer sur des marchés qualifiés d’émergents : il se replie en fait sur une zone au sein de laquelle le papier a encore de beaux jours devant lui….

Guillaume Henchoz


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