«L’observation réalise l’observateur». Cette phrase illustre à elle seule le dernier texte d’Eric Chauvier. Engagé pour observer des enfants et des éducateurs dans un milieu institutionnel afin d’y pointer les dysfonctionnements, le narrateur couche par écrit, au fil des heures, les impressions et les échanges qu’il rencontre. Il analyse ainsi le comportement des adolescents mais également le sien et le brouillage que peut susciter son irruption au sein de l’institution.

Très vite, des modèles explicatifs rutilants et des théories ronronnantes se pressent à son esprit, avant de finir écartées. De plus, un certain malaise s’instaure entre le sujet et son objet: «Je me vois dans le rôle de ces grands bourgeois humanistes qui, mi-excités mi-révoltés, contemplent en circuits organisés la misère prétendument exotique des tropiques». Plus besoin d’aller jusqu’au bout du monde, l’altérité est au coin de la rue. Au final, le chercheur ne parvient à s’affranchir du sens commun qu’au moment où l’écrivain vient à son secours. Le texte semble alors naviguer entre les sciences sociales et la poésie. Un petit ouvrage lumineux sur le pouvoir de la littérature.

 

Eric Chauvier, Si l’enfant ne réagit pas, Paris : Allia, 2008

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